Tu es si pleine d'aimer
tu calmes le temps bête
la tempête
le carnage
tu allumes des feux
dans la nuit la plus froide
tu me hantes
Je suis ce que je suis. Je suis ce que j'entends.
Je suis ce que je vois. Je suis ce que j'écris.
Je ne suis pas le troupeau mais la peau et les os.
Je passe les frontières par les chemins de contrebande.
Je ne suis pas la ligne mais la mine du crayon.
Je suis le fou sans roi sur le damier du monde,
la bouche de la soif dévorant la lumière,
la langue de Villon dans le brouillage du temps,
une fleur de bitume qui cherche ses racines.
Je ne sais pas si je grandis.
Je ne mange pas à la table des grands.
Je couche dans l'étable.
Je bois à l'eau des dégouttières.
Je suçe un glaçon pour apprendre l'hiver.
Je veux toucher le ciel avec un doigt d'enfant.
Dans les mots que j'écris
il y a des acrobates sur une patte
qui font la courte échelle,
des aveugles dessinant pour les sourds,
des muets qui chantent pour les morts,
des fleuves qui aboient sans laisse ni collier.
des singes debout comme au début de l'homme,
le visage d'un ange entre deux mitraillettes.
Je suis ce que j'ignore. Je cherche qui je suis.
Au-delà des tipis, des tamtams, des totems,
au-delà des turlutes, des rigodons, des reels,
au-delà des raquettes, des chevreuils, des skidoos,
au-delà de la neige, des érables, des tuques,
au-delà du rock, de la dope, des spotlights,
au-delà des portables, des télés, des ordis,
au-delà des montagnes, de l'herbe, des forêts,
au-dela des mots, des images, des sons
où se cache l'âme du pays ?
Si l'humus se souvient des racines
l'homme d'ici n'a pas de mémoire
Il a voté pour ne pas vivre
et se forge un habit
dans les retailles des autres.
Je viens sans raison sans saison sans maison.
Je viens de l'encre et du papier.
Je viens de tout et du néant.
Je viens des muscles de la mer,
des hanches des montagnes,
des pieds nus sur la route.
Je viens de l'eau. Je viens du vent.
Je viens d'un ventre de lumière.
Je viens de l'aube et du couchant.
Je viens de chaque lettre, de chaque pas sur le sable.
Je viens des yeux et de la main.
Je suis né d'un parfum, d'une étoile, d'une mère.
Je viens de chaque note, de chaque son,
d'une bouteille à la mer.
Je viens du violon avec son chant de bois,
de la truelle, du marteau, de la plume,
de la ruelle et sa portée de chats.
Je viens des petites choses,
des yeux de porcelaine, des cardans de l'orage.
Je viens du bronze et du silex.
Je viens du serpent, de la loutre et du loup.
Je viens de moi aussi.
Je marche à pas d'oiseau entre les pas de plomb.
Je remonte de loin à l'arraché de vivre,
de plus loin que la terre,
de plus loin que la roue, le rouet et la route,
de plus loin que la mort.
Je ne demande qu'à aimer.
Qu'un mort cogne à ma porte
je lui prête ma vie.
Qu'un homme crie liberté
je me lève avec lui.
Qu'un autre perde sa voix
j'apprends à lire dans ses yeux.
Qu'une fleur s'étiole dans un pot de confiture
je plante un chêne dans ma cour.
Qu'une seule outarde s'éloigne du voilier
je lui fais de grandes signes
d'un bord à l'autre du chemin.
Qu'une nuée d'étourneaux se cabre dans le vent
je me mets à voler sur le dos d'une page.
Que le vin des hommes monte à la tête,
que le pain lève dans le four
je lève mon verre à la moisson.
Qu'un malheureux se penche pour manger
mes mains deviennent un bol.
Comment dire non à la bonté
la beauté, la vie ?
À l'écoute du vent, de l'insecte et de l'herbe,
quand ton bras se tend pour aimer
je m'abandonne à sa douceur.
D'un mot l'autre