Dimanche 2 novembre 2008

«Qu'est-ce que tu fais ? - Je dessine une maison. - Je ne la vois pas. - Elle est invisible. - Comment tu la vois alors ? - Je ne la vois pas, je l'entends. Il y a une femme-fée dedans et elle chante. C'est sa voix que j'entends. Elle pousse les mots avec sa baguette. Elle fait reluire les plus boueux. Elle répare ceux qui n'ont plus de voyelles. Elle tricote des bas. Elle met des tuques sur les i. » La petite fille écrit en tirant le bout de la langue. On dirait qu'elle pompe l'air pour en faire de l'encre. Je commence à voir des formes, à entendre la voix. Il suffisait de regarder avec les yeux fermés, d'écouter la musique qui émane des choses.

Dans ce monde où l'on ne pense qu'à prendre, je ne veux que comprendre. Mes pages sont une maison de chiffonnier où l'on ne jette rien. Elles sont faites de bricoles, de ficelles, de voyelles à bout de souffle, de consonnes en haillons. On s'y coupe les doigts à l'ouvre-boite du rêve. Mon sang coule aux cicatrices du papier. La main pleine d'heures, je sème des secondes. La tête pleine d'orages, je lance des éclairs. Je marche avec mes mots. Je n'ai que mes phrases à offrir aux oiseaux, des images à deux jambes, des paroles à deux bras.


Merci maman, merci pour la vie, l'émerveillement, l'amour. Il me fallait deux pouces de plus pour les bras. Je ne rejoins jamais la dernière tablette. Il me fallait des oreilles moins sourdes, des paupières moins lourdes, des yeux plus verts, quelques neurones fous pour enjamber le mur. Pour le reste, ça va. Les mots sont trop petits pour la pointure de l'âme et les phrases trop courtes pour la grandeur du monde. Les manches refoulent sur l'habit des images. Il me manque des jours sur les calendriers, les chiffres des comptables, du pain pour les amis. J'ai perdu mes cheveux mais j'ai les idées larges. Pour le cœur, ça va. J'ai pris un peu du tien, la main tendue, celle qui donne ou qui caresse. Tu m'as appris les mots d'amour. Je m'en sers pour dire la révolte. Tu m'as laissé le temps, la confiance et l'espoir. Tu m'as laissé tes yeux pour voir l'invisible, la bonté sous les choses, la beauté d'une épine, la couleur des ombres. Tu m'as laissé ta soif et ta fontaine, ta tendresse et ta faim. Tu m'as appris les mots qui servent à marcher. Tu m'as donné la vie et tu m'offres ta mort pour en saisir le sens.



par la freniere publié dans : Prose
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 29 octobre 2008

À l'écoute du vent, de l'insecte et de l'herbe, je n'écris pas sans leur tendre la main, sans balayer le silence devant les portes, sans nettoyer l'espoir. J'écris en effaçant. L'encre des mots laisse apparaître l'invisible. Je n'écris pas sans faire tomber les masques, sans relire le ciel, sans penser à ma mère. Les mots sont comme des morts restés debout. Les yeux ne sont pas sourds, ils entendent la lumière. Lire ne suffit pas. Je creuse avec mes pupilles la terre des images. Des pelletées de sens retombent sur la page. Un vieil arbre porte à lui seul les tatouages du monde.

Devant un paysage, je m'assois toujours sur la chaise de Van Gogh. Ma tête est pleine de mots qui tombent quand on l'agite comme une boule transparente. Je marche sur un pied, à côté des trottoirs. Je remonte à l'envers les sentiers de l'enfance. Je garde sous mes paupières la lumière des mots, une caresse dans mon poing. Chaque pas est une porte pour pénétrer le monde, chaque mot une fenêtre pour regarder plus loin. Les mouvements du corps élargissent l'espace. La main creuse le temps. Les battements du cœur mesurent l'infini. Le regard des autres efface les miroirs. C'est par les petites choses que le monde grandit. La vie compte moins d'heures que de temps, plus d'espérance que d'espace. Les yeux des morts s'ouvrent quand ils ferment leurs mains.


Il y a des mots qui s'écrivent comme les chiffons d'un peintre. Une tache de vie apparaît sur la page, un murmure d'espoir, un gribouillis d'enfant. La vraie beauté se passe de témoin. Les bouts de phrases sont comme un train de chaises. L'enfant de l'écriture y traverse le monde. Parfois, je ne sais plus où donner de la tête. Je la laisse au vestiaire. Je la prête au premier venu. Je la perds en chemin. Je la retrouve entourée de mots fous. Je fais du miel avec de l'encre, des mots avec la cire de mes crayons d'enfant. Je voudrais remonter à la naissance de l'eau, du microbe à la voix, de l'insecte au cerveau. Les mots sont des fenêtres dans un mur de papier. Il faut tourner la page pour entrer. Je ne meurs plus quand j'écris. Je sors de moi-même. Je rejoins les étoiles.


Dans ce monde de parleurs, il y en a peu qui disent quelque chose. On a peur. On a mal. On court tous sur la même jambe et c'est celle qui plie. On manque d'infini. Il faut arrêter l'heure comme on arrête un train. Je n'ai pas de maison. J'habite dans mes livres. Je m'habille de mots. Je couds et je recouds les haillons de la soif. Je bâtis à mains nues des maisons de papier. Je réchauffe dans l'ombre la chair tendre de l'âme. Je passe du coquillage au ciel, de la cave au grenier. Je transporte à la fois la révolte et l'espoir, l'émerveillement du cœur et la folie des hommes, la neige insaisissable et le chant des oiseaux. Je dessine un chameau sans connaître le sable, les trésors de la mer au milieu du désert, l'argenterie des rivières au milieu de la table, le jet d'eau d'un nuage sur l'œillet d'un regard. Les mots sont trop courts pour déplier le monde. J'écris sur ses pliures, ses crevasses, ses rides. Je feuillette les arbres avec la main du vent. Je mets le nom des fleurs dans mon carnet d'adresses, le prénom des cailloux, le courriel des anges. Le moindre vent agite le visage des arbres. Chaque année, chaque mois, chaque jour, quelque part, les tombes refleurissent.



par la freniere publié dans : Prose
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 26 octobre 2008

Le monde vit-il encore ? Les dernières nouvelles mettent le feu aux poudres. La méfiance l'emporte sur le cœur. On achète les hommes, les femmes, les enfants. On les revend cassés, par petits bouts d'organes, un coin de cœur coincé dans l'embrasure d'une porte, un poumon perforé par le smog, une oreille collée contre le mur du son, les yeux sur un écran, les doigts pris dans l'étau, un téléphone sans fil au bout de chaque main. On chasse les oiseaux pour en faire des chapeaux, des mouches à pêche, des plumeaux. On chasse l'orignal pour en faire des trophées. Entre les cubes de verre, les murs de béton, les terrasses en plastique, le petit bois des mots ne réchauffe plus rien. L'eau chantante des voyelles n'arrive plus au moulin. Le moulin à paroles tourne à vide. La sébile des clochards n'arrive plus à sonner. À défaut de parler, les gens demandent l'heure. Ils savent qu'ils ont perdu leur temps. Leurs jours sont comptés. Leurs années sont fichées. Leurs rêves sont fichus. Ils ont joué le trèfle avec les dés pipés, habillé l'espérance d'un tissu de mensonges, se sont piqué les doigts sur l'aiguille des jours.

On vide sans vergogne les goussets de la terre, ses diamants, ses fleurs, ses fleuves, ses montagnes. On vend de tout, jusqu'à l'odeur du monde. Les tulipes se referment sur elles pour protéger la leur. Les abeilles s'enfuient avec leur butin. Les fleurs pâlissent dans l'herbe fraîche des tableaux. On n'écrit plus qu'à mots couverts dans l'étroitesse des paperasses. Il y a partout des tireurs fous, dans les églises, dans les musées, dans les écoles. Tout peut sauter d'une mine à l'autre. Il faut se taire et se terrer. Le fil de l'histoire se découd de partout. Pour dormir, on ne compte plus de moutons mais le coût de la laine, l'épaisseur des bas, la longueur des mitaines. On vend de tout, de rien, jusqu'à la chair de poule. On vend des larmes et des canons. L'enfant ne cherche plus ses mots dans un sac d'écolier, il les écale sur un écran d'ordinateur. Il efface d'un doigt la disquette du cœur.


Que faire de cette enfance que j'étire à souhait, ses courses à bicyclettes, ses pieds dans le ruisseau, ce train de chaises alignées sur le sol, cette balançoire de corde accrochée dans un arbre, ces pommes vertes volées, ces taches de framboise sur les pages d'un livre, la première canne à pêche et les leçons de choses ? Le rêve s'est enfui par la porte d'en arrière. L'enfant ne comprend plus. On coupe les pattes de chaise pour en faire des matraques. On découpe les échasses pour en faire des barreaux. On boit l'eau en bouteille. On n'ose plus respirer. Des hommes, pailles en main, sirotent le malheur. L'enfant ne comprend rien. La musique est trop forte. Le cri des ambulances assourdit les quiscales. L'enfant ne comprend plus la langue des oiseaux. En manque de sentiers, il reste assis à regarder le vide sur un écran géant.


Je n'ose plus marcher dans le jardin. Les plantes crient famine. Les insectes se cachent pour mourir. Les racines élancent dans la carie des pierres. Chargées de pesticides, gorgées d'insecticides, les fleurs embellissent mais en perdent leur âme. Je n'ose plus marcher dans le désert. Les hommes jouent à la marelle avec des mines chargées à bloc. On doit enterrer Dieu dans les souliers des morts, les prophètes de malheur, les porteurs de drapeau, les requins de la finance. Sans argent, sans rien pour la nourrir, la guerre finira bien par s'éteindre d'elle-même. En fin de parcours, avec nos cartes à puces, nos cartes bancaires, nos cartes postales, nos cartes d'identité, nos cartes perforées, nos cartes de crédit, on disparaît de la carte. Ni funambule ni magicien, au cinéma de la vie, on n'est que figurant. Dans toutes les scènes de rue, on allume les néons pour mater les fantômes. On démâte le rêve sur les bateaux de papier.


Il faut en finir au plus sacrant avec la guerre des étoiles, la guerre des prix, la guerre des autres, reprendre la guerre des tuques par où elle a fini, un baiser d'enfants. Nous sommes vivants, parfois, le temps d'une naissance, d'une caresse, d'un cri. Attaqués par les chiffres, les mots d'amour survivent entre les parenthèses. Il ne faut pas grand-chose pour retrouver la vie, la trompette de Davis, une sonate de Brahms, un livre de Bobin, un tableau de Bellet, la neige qui sourit sous les pattes d'un oiseau, un gribouillis d'enfant sur le bois de la table, la chaleur d'une étable, le rire d'un ruisseau, un pincement au cœur. Dans le bureau de l'herbe, tous les tiroirs s'ouvrent. Les papillons s'envolent avec l'azur aux ailes, le rouge dans les pommes, la folie des enfants, les fourmis dans les jambes. Le peintre se réveille un pinceau à la main, des couleurs dans la tête et les lignes des mains imprimées sur la toile. Le poète trempe sa langue dans la soupe du ciel. Les écureuils s'éventent sous l'éventail des arbres. Les feuilles dansent ensemble malgré les vents contraires. Les pissenlits repoussent sous les sacs éventrés. Le vent tombe dans les pommes et les aiguilles de pin. Les fleurs retroussent leurs pétales et retrouvent la voix. Le soleil donne congé au cartable des cancres. La pluie corrige les leçons sur le chemin des écoliers, la dictée des oiseaux, le devoir de vivre, les équations du cœur. Quand les matraques servent de cannes, quand les wagons quittent la track, quand les machines se détraquent, le cœur de l'homme se remet à rêver.



par la freniere publié dans : Prose
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 25 octobre 2008

J'écris partout, entre les lignes, sur la pierre, la vaisselle, la peau des bêtes, l'entrebâillement des brumes, la table du silence. Je peux toucher la nuit, la blessure, la vie. Elles bougent dans mes mots. Toute la misère humaine quand on la touche du doigt se fait plus douce. La chair émue des pierres retrouve sa chaleur sous les bras du lichen. Les racines préparent dans l'obscur une sève de lumière. L'air est une porte ouverte à la demande d'un oiseau. Après son passage, le vent la fait battre comme un cœur. Chaque graine que l'on sème nous empêche de mourir. Toutes les odeurs s'élèvent pour prier.

Il faut laisser à l'arbre son écorce, son murmure au ruisseau, son envol à l'oiseau, sa rapine à la pie, leur peu de bruit aux choses. L'homme a ses mots pour apprendre à marcher. Il est plus facile de voler dans sa tête que dans le temps réel. L'enfant qui dessine un soleil, c'est lui-même qu'il peint. L'épaule grince comme un gond sous le fardeau du monde. À chaque fois qu'un enfant pleure quelque part, c'est un peu notre faute. Il faut apprendre à dénouer avec les mains nouées, à mordre le bâillon, à redresser l'échine. Rien ne se chiffre dans les mots. Ce que l'on note s'élève comme une eau sans rassasier la soif. Seul le chant d'un oiseau désaltère l'oreille, quelques poèmes peut-être, le rire d'un gamin, le chant d'une fillette qui berce sa poupée.

Avec le temps, enjambant les débris, j'ai fait de mes échasses une canne de pèlerin. Mes mots ne racontent pas une histoire. Ils ramènent dans le présent un peu de ce qui fut et qui sera, ce dont le monde nous exile, une petite âme en chaussettes trouées, l'or éparpillé du crépuscule, une brouette pleine de rêves, une perle oubliée dans le sable du cœur, une cuillerée de lumière dans la bouche des yeux. Mes doigts tapotent sur la table. C'est le son des moineaux qui me donne le la et la lune son lait. Les mots sautent à la corde dans ma tête. D'une poussée de main, les phrases accourent sur la page et jouent à saute-mouton. Je taille de petits bonhommes dans l'argile du verbe. Ils cherchent à retenir le temps avec leurs bras trop courts. Les virgules des doigts s'accrochent au hasard.

J'ai mon vestiaire sur le dos recousu de mille mots, tant de tricots défaits, tant d'atlas à refaire, de cartes perforées. Je couche dans mon corps. Je voyage entre les lignes et ma valise est vide. L'équilibre des choses ne dépend que d'un pas. La rue des souvenirs nous emmène à la tombe. J'ai tout noué dans un mouchoir, un peu de ciel, une montagne, un cheval au galop, un œuf de pingouin. Je m'habille d'herbe douce, de soleil et de pluie. Je traverse le monde au volant d'une phrase. Le monstre qui me suit, quand j'ai pu le toucher, c'était mon propre corps. À quoi aura servi tout le pain de la terre, si un seul meurt de faim. À l'heure du repas, on ne remplit jamais le bol de l'espérance. Un jour ou l'autre, je le sais, on fera des fleurs avec ma peau comme j'ai fait des rimes avec les mots des autres. Les portes sont trop petites pour l'espace qu'elles ouvrent.

L'enfance inachevée court encore sous mes rides. L'espoir fait d'une goutte une source ou un fleuve, une pomme ou un arbre. Quand on parle de dieu, on détruit l'espérance. Il y a tant de mots qu'on ne devrait pas croire. Sur la place déserte, un seul pas suffit pour entendre le monde. L'enfant trouve la vie sans l'apprendre à l'école et la dessine en lui sans connaître les formes. Il apprend son visage de faux pas en faux pas. À parler d'infini, on finit par y croire. L'homme qui vieillit en oubliant ses rêves se conforme à son ombre et chacun de ses pas lui confirme sa mort. Je sème d'un seul mot des nuages de choux-fleurs dans le jardin du ciel, des pluies de fleurs sur la tige du vent, des averses d'espoir, des papillotes de neige enrobant la chaleur.

J'aurai toujours vécu comme un enfant trop grand. J'ai la faim et la soif. Je mange mon langage. Parmi le superflu, il y a tant d'absence qui pèse sur la terre. Bientôt, il ne poussera plus que des fleurs à vendre, des fruits contaminés, des arbres à numéros. On ne pleurera plus que des larmes cassées. La vérité rit jaune à la une des journaux. Le sang coule partout. Les mots se heurtent au fil des discours. Ils parlent avec la bouche creusée d'une morsure. Les cris des animaux ne sont plus que reproches. Les fleurs qui rougissent ont honte pour les hommes. Pour croire encore au cœur, je m'en retourne vers le rêve. Je creuse dans la pierre comme un insecte fou.


par la freniere publié dans : Prose
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 23 octobre 2008

Je ne passe plus le balai dans ma tête en poussière. Mes souvenirs se cachent sous une pile de linge, l'espoir sous les bas, le désespoir au-dessus. Les larmes s'accumulent sur les toiles d'araignée. Les souris qui dansent viennent grignoter le reste. Des moineaux affolés viennent cogner sur la vitre. Les écureuils s'enfuient avec mes restes de table et mes rognures de phrases. Le mot désir se promène en jogging. Il n'a plus rien à dire. Il sirote une bière. Le mot framboise fait de la broue. Le mot visage fait la moue. Le mot feu grelotte auprès du poêle éteint. Le mot demain s'endort sans mettre le réveil. Comment bâtir un nid dans cet espace inhabitable ? Je cherche une oasis dans ce foutoir à mon image comme on cherche une idée dans une tête d'épingle. Je n'y suis qu'une amibe dans la nuit des abîmes.

Je n'ai jamais passé mon bac mais j'ai pourtant un lac à truites, à grenouilles, à quenouilles. J'ai un marais de mots où les virgules deviennent des libellules, un banc de neige à la bouche où poussent des fleurs de rhétorique. Mes jambes se terminent par le pas des paroles mais elles bredouillent sur la route ne trouvant plus que du béton pour dire la rosée, un mince pont d'espoir surplombant le néant. Entre les mots croisés, mes yeux cherchent en aveugle le sens de la vie. J'avance d'un pas à la force du cœur sans vraiment me rejoindre. Devant le grand silence, chaque visage porte une blessure aux lèvres. Ceux qui portent les clefs emprisonnent le cœur. Ils sont comme une maison qui compterait ses murs.

Le visage des eaux, les rides du vent, les blessures des arbres, je ne sais plus les dire. La parole reste sourde sur l'enclume des mots. J'ai perdu l'habitude de frotter les silex, d'allumer les lucioles, de pêcher à la ligne le poisson des images. La tuyauterie du cœur est imprégnée de gras. Je n'arrive plus à soulever des montagnes sur le sol des pages. Seul un petit caillou y bêle en pleurant. Une perle chevrote dans le vacarme des colliers, un grain de sel dans un aquarium. Je ne joue plus avec le vent comme un enfant puni. Je dois porter l'habit gris des routines, vendre mon âme aux banquiers, mon cœur aux commerçants, mes mots à la raison, prendre les armes au lieu des larmes.

Avec ma tête pleine de trous, je laisse passer le vent. Coincées dans les rumeurs des portes, même les oreilles font du bruit. Le marteau sur l'enclume oscille sans raison. Nous sommes faits d'air et d'eau comme les étoiles mais nous traînons de la patte sous l'appât du gain et la soif du profit. Il faudrait se détacher des choses comme la pluie se détache des nuages, répandre les eaux du cœur sur le désert des idées. Je ne veux plus qu'on naisse au milieu des massacres, qu'on ne vive qu'une heure, qu'on passe des entrailles encore chaudes aux forceps des usines sans connaître l'enfance. Compter ne sert à rien, c'est chanter qu'il nous faut. Je voudrais avoir le temps d'habiter mon corps, m'habituer aux années, remplir la jarre de ma vie. Je ne veux pas demain. J'exige la durée.


par la freniere publié dans : Prose
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

D'un mot l'autre

Scribulations est parue


pour commander
Éditions La Madolière

des mêmes auteurs
pour commander:
en.ligne.editions@hotmail.fr

Parutions

Aux éditions Chemins de plume:

L'Autre versant, 2006


Parce que, 2007

pour commander:

au Québec:

Jean- Marc La Frenière – 344 rang 6 Saint-Ferdinand Québec G0N1N0

en France:

Ed.Chemins de Plume 156, Corniche des Oliviers-V 30 - 06000 Nice


autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





Recherche

RSS

  • Flux RSS des articles
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus