On a pris l’homme
La main dans le temps.
Il volait des souvenirs
Pour agrandir ses pas.
Condamné au futur
Il doit apprendre à lire
Au-delà du regard.
Le cœur qu’on passe
Par les larmes
Renaît peut-être ailleurs
Dans un rire d’enfant.
04-06-15
À la manière d'une abeille
je ne lis plus vraiment
que l'alphabet des fleurs.
Quand je penche ma voix
à l'oreille des foins
un insecte chatouille
l'épiderme des mots.
Quand j'avance à pas de loup
dans les herbages de la neige
des gouttelettes de vie
percent les hanches de la nuit.
Pour une rose éclose
j'ouvre la main
aux rires des épines.
Mes racines s'étirent
dans l'humus des ans
comme un arbre d'enfance.
*
Sous la dictée du vent
j'écope l'eau des arcs-en-ciel.
Je butine l'espoir
à même la misère.
Je regarde la vie
par les yeux d'un oiseau.
Sous mon râteau cassé
la terre fait sa toilette
et peigne l'odorat
avec ses doigts de fleurs.
La nuit n'est qu'un soleil
qui replie ses lunettes.
Dans cette foire aux vanités
où s’égosillent les egos
je veux rester l’enfant
perdu dans le grand monde
en vélo de silence
avec en bandoulière
une folie d’oiseaux.
La source de mes mots
est ce creux dans les mains
où dorment les caresses.
Je me nourris d’espoir
sans cacher les blessures.
Dans la maison des pauvres
les roses sans épines
deviennent crocs de loup
et les tables sans pain
se préparent à japper.
Au nom de mes enfants,
De mes petits-enfants
Qui s'éveillent à la vie
Délivrez-nous du mal.
Épargnez-nous vos paradis,
Vos réclames, vos infos.
Ils ne font qu'embrouiller
Le chuchotement du coeur
Et le chant de l'instinct.
Épargnez-nous vos reer,
vos slogans, vos fredaines.
Ils font cailler le rêve
et le sang de l'instant.
Changez votre drapeau
Pour un sexe inconnu.
Bradez vos uniformes
Pour la peau la plus nue,
Les mamelons qui dansent
Sous le duvet des mains
Et la bouche étonnée
Qui retrouve la source.
Perdez votre chemise,
votre job, vos mises.
Perdez la tête.
Perdez le mode d'emploi.
Perdez la foi,
Votre porte-feuille
Et vos cartes de crédit.
Perdez votre chemin
Pour vivre dans la marge
Et les pores de vos poils,
Dans la tête des oiseaux
Et le ventre du pain.
Faites de l'ordinateur
Un repaire de poètes,
De rêveurs et d'apaches,
Un rendez-vous d'amis,
De soeurs, de camarades
Où l'encre noire charriant
Le substrat de la langue
S'invente
Une grammaire nomade
Dans le vide à combler.
Faites de l'indignation
Une parole tendre.
Le temps passera pieds nus
Dans le vif de la danse
Et le voyage du délice.
Il ne s'agit plus désormais
De défricher le sol lunaire
Mais bien de déminer
La poussière du désert.
Trop d'enfants s'amputent
En sautant à la corde
Sur des mines personnelles
Ou en jouant à la marelle
Avec de vieilles grenades.
Trop d'espoirs se suicident
En jouant à la guerre,
À la seringue, à l'homme
Et à la roulette russe.
Avec des mots qui sentent
Le thym et l'eau d'érable,
La mémoire du soleil
Au fond du disque dur,
La couleur des voyelles
En bandoulière du néant,
La douleur des rebelles,
Je passe simplement
Vous dire je suis las
Mais je suis là aussi
À me tenir debout
Comme une chandelle amie
Sous les néons sanglants.
L’hiver en tablier
Cache des grains de blé.
Des petits pains s’amusent
Et dansent comme Charlot
Sur une assiette d’images.
Il reste un peu de neige
Rabotée par le temps.
Le lac est dans la brume
Attendant l’espérance
Sur la glace qui fond.
La souffleuse a mangé
Ma vieille boite à malle
Je vais devoir écrire
En raquettes sur la neige
Entre les pattes de loup
Et celles des lièvres.
Les bruants traduiront
Mes paroles d’amour
Sur la page du ciel.
Au passage du vent
On pourra lire mes mots
À côté des nuages.
D'un mot l'autre