Dimanche 9 novembre 2008


Aujourd'hui, dans la nuit du monde et dans l'espérance,
j'affirme ma foi dans l'avenir de l'humanité.
Je refuse de croire que les circonstances actuelles
rendent les hommes incapables de faire une terre meilleure.
Je refuse de partager l'avis de ceux qui prétendent l'homme à ce point captif de la nuit
que l'aurore de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir une réalité.
Je crois que la vérité et l'amour, sans conditions,
auront le dernier mot effectivement.
La vie, même vaincue provisoirement,
demeure toujours plus forte que la mort.
Je crois fermement qu'il reste l'espoir d'un matin radieux,
je crois que la bonté pacifique deviendra un jour la loi.
Chaque homme pourra s'asseoir sous son figuier, dans sa vigne,
et plus personne n'aura plus de raison d'avoir peur.

Martin Luther King

 



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Samedi 8 novembre 2008

à Jacques Demaude

La pensée de l'origine remonte les fleuves
du sang humain
retrouve le cri premier
la première vision du premier ventre
le premier élan vers le premier visage
aimé

et pourtant
l'origine dévoile
aussi
le premier meurtre
la première illusion
la présence du désir
dans nos moindres certitudes

l'origine bâtit ta mémoire
qui nous ouvrira
au Secret du Recommencement.
Sous une autre forme
dans un autre espace
dans le regard éperdu des étoiles.

Alain Suied 

 


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Samedi 8 novembre 2008

Chaque soir j'attends encore,
en retenant mon souffle,
le léger frôlement de la porte qui s'ouvre
comme elle fait tous les soirs, chez nous,
depuis soixante années,
dans la pénombre amie du corridor.
Mais rien ne bouge là-dehors,
Evy ne revient plus chez nous, à la maison ;
en vain j'écoute encore un peu,
chaque soir, en silence.
Comme c' est étrange : les morts de l'ancienne saison ~
oublient donc de rentrer ?
Ont-ils perdu l'adresse ? différé le retour ?
Seraient-ils donc distraits, au point de ne plus vivre ?

Malgré mon désarroi d'enfant abandonné,
tous les matins sa place au petit déjeuner,
à table devant moi, dans la clarté muette,
reste une chaise, dos au mur : sans bouger, vide et nette.

Claude Vigée

 


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Jeudi 6 novembre 2008

1
Le Grand Pan n'est pas mort,
il a simplement émigré
en Inde.
Ici, les dieux errent en liberté
déguisés en serpents ou en singes,
chaque arbre est sacré
et c'est un péché
de se montrer brusque avec un livre.
C'est un péché de pousser sur le côté
un livre avec le pied,
un péché d'en lancer un sans faire attention
à travers une pièce.
On doit apprendre à tourner les pages doucement
sans déranger Sarasvati,
sans offenser l'arbre
dans le bois duquel le papier a été fait.

2
Quelle langue
N'a pas été une fois la langue de l'oppresseur ?
Quelle langue eut vraiment l'intention d'assassiner quelqu'un ?
Et comment cela se fait-il
qu'après la torture,
qu'après que l'âme a été rasée
avec une longue faux s'abattant
du visage du conquérant
les petits-enfants à naître
grandissent dans l'amour de cette langue étrangère.


Sujata Bhatt       traduit de l'anglais

 


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Vendredi 31 octobre 2008
     Pourquoi ce poète prétend-il faire parler les Rois
Mages avec des mots désabusés : «Nous arriverons trop tard...» ?
     Il n'est jamais trop tard pour partir, pour commencer. Et
nul ne sait jamais quand il arrive.
      Tous les hasards du voyage enrichissent la quête, approfondissent
la Question,
     tous les échecs, toutes les chutes, les blessures. Chaque
regard est en quête d'une réponse
     que nul autre que toi ne peut donner. Chaque tournant
annonce le péril et la merveille.
     Le bouffi sanglé dans ses richesses, celui dont on dit
qu'il est un homme arrivé,
     qui ne voit sa misère, son inutilité, et qu'au terme ses
mains sont vides ? Qui ne préfère
     être ce Roi en exil, roi seulement de ses douleurs, berçant
sa fille au fond des bras,
     plutôt que le souverain aveugle qui au départ dilapide
son royaume ?
      Il se nomme lui-même, à la fin, l'espion de Dieu.
      Au fond des camps, des prisons, menotté par le malheur,
plus d'un Lear dépossédé a commencé
      à naître dans les landes de la folie, à se mettre en marche
à travers ses barreaux.
      Chacun doit s'évader à sa manière, creuser son terrain
avec ses mains, ses ongles, ses mots.
      Non, il n'est jamais trop tard pour partir, et chaque instant
est l'arrivée
      d'un nouveau départ. Le cheminement est l'être même
du voyageur, dont le bonheur est la marche qui le tire
      en avant, qui l'aspire plus loin, plus haut, quand chaque
brève halte
      fait partie de son élan, de sa joie de repartir. À chaque
pas, chaque jour, il arrive, on arrive vers lui,
      pour lui faire découvrir qu'il ne fait plus qu'un, ce soir,
avec le chemin de lumière.
      Où il va s'enfoncer en dehors de tout chemin.

Jean Mambrino

 


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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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