Samedi 27 octobre 2007
si tu viens ce soir ne viens pas
avec ces larmes qui peuplent de rage les pléiades
viens avec tes mains
mains unies comme l'écorce d'un vieux chêne
mains qui déplient les impostures de mon corps
 
si tu viens ce soir ne viens pas
avec ces yeux plus ternes que mon cadavre déjà scellé
viens avec aux lèvres des mots
des mots plus virulents que des apocalypses repues de sang
 
si tu viens ce soir ne viens pas
avec le fatras enfoui aux commissures de tes remords
viens avec cette sueur bouffie de soleil
sueur qui cadastre mes déraisons imbues d'une trop grande férocité
 
si tu viens ce soir
ne viens pas avec les discursives de ta foi rongée par la perte
viens drapée dans un sari
sari bleu ou vert
sari ondoyant comme les ravanes de ta chevelure
sari qui encense la mouvance de l'infini désir
 
si tu viens ce soir ne viens pas
comme une bête à pas de fauve
te tapir à l'ombre d'une lune lasse qui se laisse mourir
viens déchirée
déchirée par ces houles qui écarquillent les canevas de tes sens
 
si tu viens ce soir
ne viens pas avec ce visage enseveli sous les cendres de la mer
viens avec l'encre épuisée de la nuit
versifier des poétiques qui assignent le commerce de la jouissance
 
viens paisible
comme
le chant
du sitar le matin
 
viens douce
comme
la terre qui servira
de paysage à mon deuil
 
si tu viens ce soir
mais ne viens pas ne viens plus
mais viens
reviens
viens reviens
ne viens pas
avec le pacte qui confesse le savoir de l'illusoire
viens avec une caravane
une caravane insensée de bleu et de mots
de mots si beaux qu'ils me blessent
et me tuent sans que jamais je ne meure
viens avec une caravane
une caravane insensée de bleu et de mots
une caravane qui prolifère les gnoses de l'amour
 
viens
 
viens
 
viens encore
 
viens

Umar Timol
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Jeudi 18 octobre 2007

Ce texte m'a été inspiré par la lecture de deux romans : Le Dernier Frère ( Nathacha Appanah ) et Indian Tango ( Ananda Devi ).

 
 

Je crois qu'il y a une musique aux mots, c'est difficile à expliquer, à cerner, on ne peut mettre le doigt dessus, c'est comme de la brume, une évanescence, quelque chose d'imprécis et de fort en même temps, comme un pli d'ombre entre deux soleils, quelque chose qui nous bouleverse et nous apaise, d'accessoire et de nécessaire, il y a une musique aux mots et parfois elle est un songe de nuit, une force contenue qui attend d'exploser mais qui pourtant résiste et se love dans l'ardeur d'une audace tranquille, elle est lave qui émerge d'on ne sait quel cratère mais lave toujours sculptée, toujours travaillée pour fonder la splendeur, elle se mêle au crépuscule, quand le monde devient mélancolique, pour tisser une plénitude lancinante ou elle est le surgissement de l'aube quand quelques oiseaux fous et blessés valsent pour signifier que tout n'est pas perdu, elle est un cri qui fulgure dans le ciel une nuée de sang, elle est une prière, l'épicentre d'une possible sagesse, qui s'accorde aux rythmes de l'offrande, elle est un souffle qui déraisonne l'indicible pour l'harnacher à des voiles plus vastes que les mers aux lointains, elle est un pas de deux qui toujours se rapproche du précipice pour s'en éloigner, qui cadence à sa lisière un sens vagabond et inespéré, elle est l'eau limpide du matin, celle qui purifie, celle qui nous ramène à l'absence d'avant la vie, quand tout est plus simple et innocent, elle est la caresse qui disperse dans notre imaginaire les figures d'innombrables devenirs, elle est lyrisme bridé, contenu qui dit en douceur l'essentiel, tout ce qu'il ne faut jamais taire et qu'on a depuis longtemps cessé de voir, elle est écume, la larme d'une étoile assassinée, qui parachève d'édifier des rivages pour les dépossèder, elle est empreinte de lumière qui dissolve tout ce qui précarise la charpente de l'amour, elle est sanctuaire qui longtemps encore résonnera, comme un rappel, une invitation, dans nos mémoires oublieuses, elle est enfin éloge de la beauté et du rêve au défi du passage du temps, de la mort.

 
Umar Timol
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Mercredi 26 septembre 2007

un homme est mort hier

je ne sais trop comment

mais ce n'est sans doute

pas très important

car on meurt un peu tous les jours

et au bout du compte on finit par mourir

 

un homme est mort hier

il parait que c'était quelqu'un de bien

de pas méchant

il avait travaillé

s'était marié

fait des enfants

aimé

détesté parfois

mais on ne va pas parler pas de ça

il était un grand fan de foot

il était un jour allé à Anfield pour assister à un match

il se rendait au marché avec son épouse le dimanche

il avait rêvé de gloire plus jeune

plus il avait appris à se contenter d'une vie tranquille

il aimait les films romantiques

mais il lui arrivait d'être un peu cynique

il aimait manger du mine frit

avec de la sauce mazavarou

il buvait du thé le matin et du café le soir

il avait la foi mais c'était une foi paresseuse

il aimait un peu trop l'argent mais qui n'aime pas l'argent

 

enfin c'était un homme

un homme comme les autres

ni meilleur ni pire

c'était quelqu'un de bien

du moins c'est ce qu'on dit

 

il aimait bien la vie

et il lui restait des choses à faire

 

un homme est mort hier

je ne sais trop comment

mais il est mort

 

il parait qu'un camion lui est passé dessus

 

puis il est devenu un corps

 
un corps

un corps qu'on a emmené à l'hôpital

un corps qu'on a touché

un corps qu'on a palpé

un corps qu'on a cousu

un corps qu'on a lavé

un corps qu'on a observé

un corps qu'on a soulevé

un corps qu'on a mis dans un cercueil

un corps qu'on a brûlé ou enterré

mais il importe peu la méthode

la méthode n'est jamais très importante

parce que après tout ce n'était qu'un corps

 

aux funérailles

les proches ont pleuré

ils ont pleuré l'homme ou le corps

enfin je ne sais trop

mais ils ont pleuré

 
les jeunes

quant à eux ont parlé du

dernier match de foot

du dernier match à Anfield

 

un homme est mort hier

je ne sais trop comment

mais il est mort

 

ensuite il est devenu un corps

 
un corps
 
Umar Timol
 
 
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Dimanche 16 septembre 2007
il m'arrive
parfois de te voir
 
je m'approche de toi
mais étrangement
tu es là sans l'être vraiment
 
je m'approche de toi
 
j'effleure ta peau
encercle tes cils
caresse tes lèvres
 
mais comme un vol d'oiseaux fous
ton corps se fane en un millier de fragments
 
puis tu t'en vas
 
tu te réveilles et je meurs
 
je ne subsiste que
dans la demeure de tes rêves
 
Umar Timol
 
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Vendredi 14 septembre 2007
la mer ene zour
 
ene kamarad
ki plis conten revé ki existé
pe raconte mwa la beauté
 
mo douce epousée
avek so la mains
ki kuma bann versets
pe berce mo la tete
 
bann zenfants laba pe galoupé
kuma dire deux ti zakos
 
taler mo pou alle lir
philosophie poesie roman
enfin mo pas trop conne
mais mo pou lire
 
taler mo pou alle nazé
mo pou tremp
mo le corps dans dilo soleil
 
et peut etre ki la merpou prend mwa
et peut etre ki la merpou avale mwa
 
mo bizin alle
 
ca bonheur la trop fort
 
Umar Timol
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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