Mercredi 10 octobre 2007

À Jean-Marc La F.

 

Je cherche mes frères

parmi les vivants

dans l’alchimie du temps

le premier mot d’homme

commence à la première tendresse

dans le baiser de deux poissons

de deux tourterelles

dans la danse de cet oiseau

qui traîne la patte

pour sauver la nichée

dans la larme de cet arbre en peur

que l’homme ne comprend pas

dans les couleurs de ce crépuscule

que mon chat regarde

dans cet univers

que l’avidité estropie

dans la douleur du chêne à genou

que l’on met en fagots

 
Avec toi

qui tatoues au bleu des mots

le sang paginé des arbres

avec ceux

qui crient et hurlent

à la râpée des silences

dans la nuit des sourds

moi

 

l’athée fils des dieux,

je dis que nous prions pour la vie

je dis que tes cris

que nos cris

sont des prières,

je dis que nous pleurons

pour la vie.

 
Jean-Michel Sananès   La diagonale du silence

chevalfou.over-blog.net/
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Dimanche 30 septembre 2007

Où étais-je... si je savais...

Excusez-moi, mais je sais, j´étais sorti de mes gonds, hors de moi, mais pas vraiment fâché contre moi, d´ailleurs mes colères sont sans conséquences, je ne m´en veux pas, je me pardonne tout.
Tout est arrivé à cause d´une de ces aubes livides, une de celles où tu te lèves blanc comme du papier. Le miroir ne te voit même pas, alors tu te mets à table, tu veux tout dire, tu ouvres ta tête, tu sors une plume. Pas une larme, mais ta plume saigne et tu ne sais pas pourquoi. Tu aurais voulu t´appeler Manuel, Pedro, Che Guevara, ou pourquoi pas, Picasso. Mais tu es là, coincé dans une peau trop grande pour toi, tes yeux ne sont même pas à la bonne hauteur, tu vois le monde d´en bas et tu hurles dans ton silence, tu voudrais être un loup, hanter le bois, terrifier la lune, mais tu as une peur d´enfant égaré, abandonné. Ta révolution, tu la fais devant un café froid et l´hiver arrive. La nuit coule comme une pierre ronde qui rejoint le fond du vieil  océan.
Une odeur de vide. Une balle. Un flingue. Un rire de dingue... Non une écume de mots qui dit à quoi rime, qui se fait la belle et se croit poésie. Rien que des mots. J´écris, mais la poésie a honte quand la nuit se cabre.
Je ne sais pas pourquoi, j´étais parti, j´étais hors de moi, loin d´ici, à deux pas de moi, dans deux chaussures froides.
Je me regardais passer comme le silence...

 
Jean-Michel Sananès
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Jeudi 6 septembre 2007

C’était l’avril d’un grand soir

Les espérances étaient à l’Est du grand soleil

Et le chant devait être partout

Qui donc avait dérobé le Nord ?

 

Les alouettes pleuraient

Pas de Sud, d’Est ou d’Ouest

Triste, un monde où l’on a perdu le Nord

 

C’était l’aube des matins noirs

Le vent et la pluie s’étaient perdus

Nulle part pour aller, nulle part pour s’arrêter

Les alouettes sont mortes loin de chez elles

 

Au passe-passe de la vie

On leur avait volé la pluie et les saisons

On leur avait volé le vent et les chansons

 

C’était une nuit d’abîme et de soufre

La police qui n’arrête que les pauvres gens

bien sûr n’arrêta pas les voleurs de vent

On abandonna le Nord l’espoir et le chant

 

On bituma l’Alberta, on enterra l’alouette

Qui donc et le président chantèrent la mort de l’alouette

Bras dessus bras dessous chantèrent la mort de l’alouette

 

Jean-Michel Sananès, "inédit"

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Vendredi 24 août 2007

Dernier lit

dernier regard
 

Je veux vibrer

je veux aimer et m’insurger

dernière frontière

dernière fissure

dernier souffle
 

Jusqu’à la lie

je veux rêver

ne me dites pas

ne me demandez rien

 

À la porte du nulle part

je partirai
inconsolable

étonné de la beauté des arbres

orphelin

du rire des oiseaux à jamais noyés

 

Je partirai

blessé de cette nuit

jetée comme un silence

sur la cavale des impalas

 

Il est trop tard

trop de défaites

de rivières décousues

aux méandres de l’espoir

ne me dites pas…

 

Je partirai

inconsolable

vers le vide sidéral

sidérant

en berne des cent soleils de mars

qui ne reviendront pas

 
Inconsolable

dans l’odeur blafarde du froid

je partirai

sans fermer la porte

 

Ne me demandez rien

ne me demandez pas de croire

je suis d’ici et maintenant

 
Poussière

poussière extasiée

aux frontières du dernier souffle

jusqu’à la lie

je veux vibrer aimer et m’insurger

 
Je veux
inconsolable

partir meurtri

de toutes les soumissions

partir fou

fou

de la douleur des hommes

partir révolté

du vol brisé de l’oiseau fusillé

 

Ne me demandez pas…

ne me demandez rien

je ne veux pas mourir

conciliant

sous le regard bienveillant

d’une matrone qui blasphème

d’une matrone folle

qui sourit à la mort

 

Pourquoi prétendre aux délices

d’un peut-être ailleurs

moi, je suis d’ici

 
Inconsolable

à la porte du dernier ailleurs

je veux partir

ta peau gravée dans ma mémoire

un rire d’enfant dans les bagages

à la porte de la dernière seconde

 
Inconsolable

dans le fracas du monde

en mille chants disloqués

en l’absence même du néant

 

Je partirai

la vie fermée par une conscience borgne

je partirai

inconsolable

jusqu’à l’ultime

 

Je veux vibrer aimer et m’insurger

Inconsolable

je veux rêver.

 

Jean-Michel Sananès    La diagonale du silence, Éditions Chemins de Plume

 
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Lundi 6 août 2007

Il fallait jouer du violon et de la fable

garder la tête froide et les pieds au chaud

Il fallait avoir l’air d’avoir l’air

avoir le bras long et les pieds plats


il fallait jouer poker

jouer dans le sens du poil et caresser le loup

jouer des coudes et en découdre

se faire aimer sans rien donner

se jouer de tout et de vous,

se  jouer du jour et des lendemains


Il jouait de la guimbarde

du charme et de la tendresse

il jouait aux dames et aux échecs

il jouait à ne pas jouer

à tendre la mains et à ouvrir ses bras


Quand il se fit manger comme l’agneau

il jouait encore de la guimbarde

Jean-Michel Sananès inédit
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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