Mercredi 22 octobre 2008

Tu mélanges tes larmes avec mes sourires. Nous partageons l'amer et le doux, la mer et le redoux, le salé et le sucré, le vinaigre et le miel. Nous partageons la même pomme dans une unique bouche. Nous sommes si unis. Mon ombre a pris ta silhouette et ton ombre la mienne. Nos pas se moulent au même rythme. La même ligne d'horizon traverse nos regards. Nos différences nous rapprochent.

La nuit, si je ne rêvais pas de toi, où donc pourrais-je te rencontrer ? Je m'éveille en sursaut lorsque la lune pleure. Je la rendors d'un baiser qui traverse l'espace. Lorsque le vent remue, ta robe glisse dans mon lit. Il y a toujours en moi quelque chose de toi. Il y a toujours en nous la concordance du cœur. Mes veines se conjuguent à ton sang. Je te laisse le jaune quand il n'y a qu'un œuf. Tu me donnes tes lèvres quand il n'y a qu'un verre. Je ne dors plus jamais. Je veille et je t'attends. J'écris mille fois je t'aime sur la portée du vent. Je laisse les oiseaux t'apporter mon aubade.

Je voudrais tant effacer tes douleurs, guérir tes blessures, apaiser tes angoisses. À la recherche de qui je suis, j'ai croisé qui nous sommes. Ta présence avive la flamme de ma vie. La soif se fait source et la faim nourriture. Quand je te touche, mes yeux s'ouvrent plus loin. Mes mains apprennent la caresse. Tu es belle comme une main qui s'ouvre, une flamme qui s'allume, une fleur qui éclot. Tu es une lampe en moi. Je ne laisserai jamais s'éteindre sa lumière, quitte à faire du feu avec la neige. Ton âme nue comme une main touche la mienne. Ton visage en corolle embaume mes pupilles. Tes seins de fraises gourmandent mes papilles. Ta présence me rassure. Je suis encore vivant.

Il ne m'est de toi que l'amour. Tu en portes la vie plus nécessaire que le pain. J'ai tes yeux dans mon cœur pour traverser la nuit. J'ai tes caresses dans les mains pour réchauffer l'hiver. J'ai tes pas dans les miens pour aller jusqu'au bout. Je dors dans ton sommeil et rêve dans ton rêve. Siloindetoi est un pays que je n'habite plus. J'ai pris demeure dans ton souffle. Quand je dis tout, je pense à toi. Quand je dis tu, je pense à nous et je me tais pour écouter nos prénoms s'enlacer. Nos larmes emmêlées finissent par sourire. Nos gestes partagés agrandissent le cœur. Les lignes de ta vie transforment mon profil. Je te touche toujours pour la première fois.

Ma bouche tendue au fruit a trouvé ta saveur. Au travers de nos corps, la sève continue. Chaque goutte de plaisir, chaque lueur de courage nous mènent à l'infini. La porte s'est ouverte. Tu es la main du jour sur une poignée de nuit. Tes beaux doigts d'amoureuse ont tissé sur l'abîme une toile d'amour. À chaque pulsation, mon cœur t'appartient. Devant l'espoir qu'il faut vivre, nul désert n'est assez vaste pour nous séparer.

Mes bras forment un collier entourant tes épaules. Avant de te connaître, je mordais tous les fruits sans rassasier ma faim. Tu as fait de ma soif une source nouvelle, d'une question de rien une réponse à tout. Tu as fait de ma vie un peu plus que la vie, le dessin d'une feuille qui remonte dans l'arbre, le destin d'un caillou qui enjambe la pente. Je ne demande plus la raison d'être né, c'était pour te connaître. Tu portes une rivière dont chaque vague m'emporte. Ta présence défie le vide et me désigne ici ma place de vivant.



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Mardi 21 octobre 2008

La terre ouvre sa bouche. Les jambes de la pluie font danser les rivières. Tout est possible ce matin. Le désespoir a pris congé et la misère fait la grève. Des oiseaux font leur nid sur la croix des usines. La terre têtue s'entête à refaire son bouquet. Il faut croire parfois aux promesses des fleurs. L'érable dans la cour a nettoyé son ombre. Sa tête dans les branches a trouvé son sourire. Clop. Clop. Clop. La pluie traîne ses pieds sur le toit de la vie, une pluie douce et chaude. On dirait qu'elle aime la terre tant elle fouille son corps avec ses petites langues. Nul petit racoin n'échappe à son étreinte. Ses ombres endormies s'éveillent en sursaut. La chlorophylle agite le sang vert des herbes. Les pierres luisent comme des yeux d'aimant dont le regard attire la limaille de l'eau. Les petits cailloux blêmes retrouvent leur vigueur. On dirait des enfants tirant la jupe des montagnes. Le paysage sans fond se remplit d'oxygène. Les petits riens du cœur respirent par eux-mêmes. La table est mise pour l'amour, la soupe où l'on touille la vie, les fruits du rêve, le grand pain de l'espoir. Je garde dans mes mots ses miettes qui suffisent à nourrir les âmes.

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Lundi 20 octobre 2008

De l'émotion à vendre avez-vous dit ? L'âme se serait donc vraiment réfugiée dans un portefeuille. Cuisinière frigidaire table divan télé sont branchés sur le cœur. Tout le reste est sous respiration artificielle. On vend du beurre en oubliant toute la misère du beurre. De cimetières d'autos en cimetières de tout, l'homme a troqué sa colonne vertébrale pour un écran géant, sa moelle épinière pour une once de pétrole. Les corps se vendent et le cerveau moisit. Son fils le maudit d'avoir laissé sa terre au plus offrant pour en faire un parking. «Dis, papa, où sont passées les pommes, les oiseaux, les lilas ? Il y avait de vrais moutons avant l'invention de la peluche, des poupées sans batterie, des légumes sans prix ? Grand-père m'a raconté : Il était une fois un jardin... Je ne m'en souviens plus. Il était une fois, peut-être.» Les sources coulent ailleurs. Les fleurs poussent au passé. Quand l'air se raréfie, seules les machines survivent. Le sourire le plus blanc finit par se salir. L'âme a trouvé refuge dans la cendre des morts. Je veux l'eau et la main, toutes les mains labourées par la vie, les chemins imprimés sur le corps. Je veux l'air et la voix. Je veux la terre et l'homme. Je veux le rêve au bout des doigts. Je veux la vie sans artifices.

De l'émotion à vendre avez-vous dit. Les oiseaux disparaissent un à un sans fermer sur le ciel la cicatrice de l'envol. On a trempé le bout du cœur dans la boue des monnaies. On avance à plat ventre sur le plancher des banques déposer notre avoir au guichet de la peur. On s'agenouille devant l'écran. On laisse notre langue au vestiaire du vide. À défaut d'une plage, on cherche le soleil dans le printemps des autres. Ceux qui gèrent la caisse tiennent l'enfance en otage. Les dettes s'accumulent et nous barrent la route. Quel destin mettre en poche quand on n'a plus qu'un trou à la place des poches ? On n'offre que du vent aux enfants faméliques. À genoux sur du béton, ils jouent avec leurs larmes comme on joue du ballon. Ils en font des colliers, des billes, des bonbons.

De l'émotion à vendre avez-vous dit quand on arrache la chair dans le pain des hommes, quand on branche le rêve sur un ordinateur, quand les poumons se vendent sur un marché d'organes, quand le désir trébuche sur la dalle des choses, un microfilm dans les yeux, du sérum dans les bras, un micro sur le cœur. La vie part en fumée au bout des cigarettes. La colombe n'est plus qu'un oiseau de plastique. Le froid a mis ses housses sur les meubles du cœur. Tout s'achète et se vend. On ne donne plus sa vie qu'aux imams et aux papes. Je n'ai rien à vendre. Lorsque j'ouvre mon sac, des guêpes de lumière tètent le miel du temps. Un moulin à vent tourne dans ma tête, un cheval fait du vent, un neurone fait des mots. J'ai refermé ma main sur une larme d'enfant. Un papillon en sortira peut-être quand j'ouvrirai les doigts.


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Vendredi 17 octobre 2008

Chaque jour nous enlève quelque chose d'inutile. Pourquoi le remplacer ? Je veux arriver nu à la fin du parcours mais le cœur plein d'espoir. Je n'ai jamais compris les affaires du monde. Je fais semblant de compter. Que j'additionne ou soustrait, ce sont toujours des mots qui apparaissent à la place des chiffres. 2 et 2 forment une phrase, une image, un poème. Je n'entends pas le bruit des tiroirs-caisses. Je n'entends plus très bien ce que disent les hommes. J'écoute leur silence et l'humble écho du cœur sous l'épaule qui aide. Ma ligne de vie commence au début de la phrase. Je m'y appuie du cœur pour avancer plus loin.

J'avance avec des mots d'enfant, un bonnet d'âme, des souliers vagabonds. Les mots précèdent ce qui sera comme des mains en avant, des pas qui nous attendent au tournant de la route, un visage qui se fait à l'insu de ses traits. Le fouillis de ma chambre ne devient plus qu'un souffle au bout de mon crayon, à peine un mot, une phrase en suspens. Je me dépouille peu à peu des apparences pour retrouver ma peau. Les mots ne suturent pas la blessure des pages, ils entrouvrent ses lèvres. La nuit respire dans l'apnée des étoiles comme un silence de lumière. Je ne vois plus les fleurs sans entendre leur chant, le bruit qu'elles font en s'ouvrant, leur silence quand elles fanent.


On a beau y parler toutes les langues, il manque le mot amour dans la Tour de Babel. Chaque jour nous apporte sa petite fin du monde. Le temps traîne sa potence au milieu de la route. Il me faut sans cesse montrer l'abîme, briser les chaînes, fracasser le réel, dénoncer chaque charogne vivante, chercher la braise sous la neige. Je suis un poète incorrigible. Quand je déplace un mot, tout l'édifice s'écroule. Enfant, j'étais pareil avec mes lego. Le compas dénature tous les châteaux de sable. Je ne sais que compter à l'envers et marcher sur un fil. L'atome d'un instant me sert d'équilibre. J'ai beau rangé mes livres, mes papiers, je les retrouve épars aux quatre coins du rêve. Un écureuil sémantique vient ronger mes crayons. Le vent picore le vol des oiseaux et les yeux des enfants se nourrissent de larmes.


Les fleurs qu'on ne regarde pas pensent quand même à nous. Les oiseaux qui font la sourde oreille continuent de chanter. Ce matin, j'ai tué deux vieux arbres. Leurs bras pesaient sur l'épaule du toit. Leurs racines chatouillaient le solage. Je ne vois plus les écureuils sauter de branche en branche ni les oiseaux couver leurs œufs. Je vois des corneilles se poser comme des croches sur une portée de fils. La sève quitte l'aubier mais l'encre continue à se rendre au papier. Le vin du ciel remplit le verre des fenêtres. Le vent à moitié saoul fait tanguer les images. L'orage jacasse en vain lorsque l'éclair s'éteint. Tout à coup, les nuages ont l'air d'avoir des branches. Sont-ce les âmes des arbres qui se remettent à vivre ? Je vois des cerfs-volants qui jouent à la marelle, des avions de papier qui se grattent les ailes.


Je ne veux pas rivaliser avec les importants mais comprendre la paille, le plus petit caillou, une goutte de rosée. Je donne mes défroques aux mannequins frileux. L'étoffe de la vie est la même pour tous, qu'on la couse à l'envers ou qu'on y brode un cœur. Écrire pour moi, c'est entrer en nature. Gratter du papier, c'est faire un lit de terre aux légumes des mots. Je bêche sur la page l'humus des images. Tout passe et tout s'en va. Tout s'arrête et revient. La vie est une balançoire qui finit par voler.


La morale m'inquiète beaucoup plus que la folie et le rêve bien moins que la normalité. Je marche sur la table, les deux pieds dans les plats. J'écris avec des mains pleines de pouces et le cœur en écharpe. Je lis entre les lignes ce qu'on voudrait cacher. Je voyage à l'envers, le paysage en moi et l'âme tout autour. J'ajoute quelques gestes à la danse, du sens à la cadence, quelques zestes au citron, quelques restes à la sauce, quelques fautes au papier, quelques rides aux visages, quelque chose quelque part. Le temps ne compte pas ses rides. Le voyageur ne retient pas ses pas. Il les jette à la mer comme des vagues parmi d'autres. Le sel ne fond pas sur le sable des grèves. Il sculpte sa mémoire dans le bois des épaves. On se bat pour de l'or, de l'essence, de l'eau. On laisse mourir la terre dans un costume de luxe. On pille l'âme des morts et le ventre des femmes. Les cœurs se marchandent dans un marché d'organes. Les mains des feuilles se replient pour cacher leurs oiseaux. Je me nourris d'espoir malgré tout. Je repêche les mots et les poissons du rêve dans l'eau noire du sommeil. Je sème des oranges au milieu du papier, des verbes dans la terre, des fleurs dans les oreilles, de la lumière dans l'homme.


On ne marchande pas la soif sans blesser la fontaine. On ne vend pas le pain sans offusquer le blé. Quoique j'écrive, les abeilles s'y piquent. Je dresse pour la mort un banquet dérisoire. Dans la misère, la torpeur, la détresse, le rêve seul nous permet de poursuivre. Les pieds des enfants bougent quand ils dessinent. Avec un bout de ficelle, une broche, un crayon, du papier, je traverse un pays. J'invite les Gitans, les clowns, les punis. J'entends une fanfare par le trou d'un soulier, toute une symphonie dans un grincement de porte. Je vois le monde entier sur une tête d'épingle, les pieds de céleri danser, les nuages tirer la langue. Les perles des oiseaux sur un fil électrique forment un collier de chants. Je mets la pierre au feu, la main à la pâte, l'épaule à la roue, les œufs dans le vinaigre, la tête dans les nuages, l'espérance au frigo, la misère à la porte et l'amour à la poste. Je perds le nord et la boussole aux cartes. Je perds même la carte. Je voyage à l'aveugle. Je me mêle à la vie, à la sève et au sang.


Il faut sans cesse brûler ce qui empêche d'avancer. Les mots en sont la cendre. Tout se fane et flétrit, la chair des framboises, le brun des vignes, les branches des pommiers, le velours des lumières. À la saison du froid, la chaleur est intime. La maison se fait femme. La lumière compense l'absence des couleurs. Le feu est une provision plus rare que le pain. Il faut le partager sans oublier les cendres. Entre le manque et le festin, entre la volonté et le destin, la route s'équilibre. L'issue du labyrinthe se trouve à l'intérieur. La rumeur du dehors en masque la lumière.


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Mercredi 15 octobre 2008

Nous écoutons des bruits de fer. Les eaux du désespoir gargouillent dans les égoûts où la pitié des chiens imprègne son odeur. Les bras du malheur montrent leurs veines bleues tatouées d'ecchymoses. Les oiseaux campent au dépotoir. Les regards sont froids aux yeux des mendiants. L'obole d'un sourire se transforme en rictus sur le visage du mépris. Les décimales déciment la tendresse des mots. Que faire d'une pluie sans espoir, d'une terre engrossée par des graines stériles ? Que dire quand l'erreur est la seule existence ? Que faire de la mort quand on n'a pas vécu ? Qui croire quand les mots ne servent plus qu'à vendre ? Il y a déjà longtemps que les prières sont vaines. Les dieux portent un fusil et crucifient les hommes. Les banques ont transformé l'échange en soif du profit. Il n'y a plus d'escalier de secours. Quand je me lève de mon livre, je tombe dans le vide. Des mots déchiquetés virevoltent au hasard, s'accrochant aux virgules, aux parenthèses, au vent. L'écho du monde se déchire. Il n'y a plus de sens mais du sang répandu.

Entre la silicone et les ongles postiches, les veines ouvertes, les artères sclérosées, les coquillages et les poumons carbonisés, il ne reste plus qu'un mince filet de sang, un souffle de poupée, un fil de vie tenant lieu d'ossature, un espoir de verre pour soutenir le monde. Le tissu de la chair se découd de partout. Ceux qui s'élèvent une statue pour se regarder vivre ne connaissent du cœur que le poids de la pierre. Certains enfants d'Afrique ne dessinent jamais. Ils portent un fusil à la place d'un crayon. Ils ne voient des couleurs que le sang répandu. J'ai honte pour celui qui enseigne le tir, la rapine et le viol. J'ai honte pour celui qui en fait son profit. À l'heure des snipers et du viol des femmes comme stratégie de guerre, l'envers des monnaies montre son vrai visage.

Il n'y a plus de phénix. Les oiseaux s'agenouillent dans la mémoire du ciel. Il pleut des larmes d'orphelins sur la carte du monde. Tant que l'argent mènera le monde, il tombera des bombes, du néant, du malheur. Les châteaux de cartes s'effondrent, les ponts-levis, les châteaux de sable, les poings levés. Tant que les banques taxent le rêve, tant que le profit reste légal, tant que les hommes d'affaires se partagent le monde, même les restes sont à vendre. Des enfants naissent dans les dépotoirs sans l'espoir d'un pain. Ils boivent de l'eau contaminée et se mordent les paumes à défaut d'une pomme. Est-il normal de payer pour la plage, le soleil et la source, de payer pour vivre ou pour mourir, même pour rire ou pour chier tout enveloppé ? Est-il normal de mourir sur une chaine de montage pour une marque d'auto et la soif de l'or, un fusil à la main pour un dieu ou un drapeau ? L'or noir contamine le sable des déserts. Les banquiers, les nantis, les assoiffés de pouvoir ne souffrent pas la concurrence. Quand on réclame à boire, ils ne partagent pas mais pillent l'eau de source.

Le monde respire malgré tout. Chaque jour un miracle se produit, un bruissement de feuille, un chant d'oiseau, une pierre qui roule. Une graine persiste à percer le béton, une étoile à briller. Une femme rencontre l'homme. Le contact de l'amour réveille l'âme sous sa peau de singe. À travers les racines, les épines, les chardons, les têtes de clous rouillés, la vie humaine aspire à la douceur des pétales. Un incessant mouvement appelle un arrêt. Les feuilles virevoltent et renaissent en humus. La mousse des écorces sert de montre aux insectes. Un pissenlit s'échappe d'un gravats de misère. On cherche la solitude à l'autre bout du monde alors qu'elle traîne ses souliers au milieu de la foule. Le cœur ouvert toute la nuit, je ne ferme pas l'œil. Il y a tant de rues qui traversent le monde, tant de remue-ménage, tant de veines qui irriguent le corps. Je me suis fait à part une vie de papier, la Chine en papier de riz, la France en Garamond, le cœur en Elzévir, l'espoir en Bodoni. J'y découpe des fêtes, des livres, des étoiles. Il faut ouvrir l'œil, Écrire comme la pluie, à peine le bruit d'un mot parmi le tintamarre, des voyelles en grappes s'échappant des affiches pour devenir poèmes, à peine un chant d'oiseau, un murmure de feuille, une syllabe en émoi dans le cri d'un enfant, un gramme de silence pour saluer le ciel.

J'habite mal ce que je suis. Je cherche un mode d'emploi dans l'incompréhensible. Sous l'averse des questions, le parapluie des mots est troué de partout. D'un carnet l'autre, les mêmes phrases reviennent. Je suis ce peu de mots qui s'entêtent à s'écrire. J'arpente une immense maison. Chaque route est une porte. Chaque nuage est un pont. Chaque mot est un battement de cœur, chaque pupille un agrégat d'images innervant le cerveau. Au milieu d'une page, je visite ma tête. J'arcansonne le cœur et l'archet du désir. Il y a toujours autre chose dans une chose, d'autres hommes dans l'homme. Là où les mots nous manquent, la parole commence.



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