Jeudi 1 mai 2008

Comptant ses poules et ses poulies
le capital resserre son boulon sur l'écrou de la vie.
Le Père Crédit fait son beurre dans l'espérance des pauvres gens.
Les neurones font la guerre dans le crâne du progrès.
Les nouvelles de six heures départagent les cadavres et la faim des enfants.
La ménopause fait son lit dans la névrose des gurus.
La dent du rêve carie dans la gencive du sommeil.
Les sourds gesticulent sur l'écran des portables.
Le pétrole s'enrôle dans le béton armé.
L'œil s'allume et s'éteint au rythme des écrans.
La pieuvre des ronds-points fait clignoter ses phares
comme des pièces de monnaie.
Sur le comptoir des banques le nègre compte pour un sou noir.
La vie même se meurt crucifiée sur un chèque.
Criblée de matricules et de chiffres à zéro
la terre tourne en rond comme un cercle vicieux.
L'étincelle des silex a perdu son pouvoir.
Voit-on plus loin que le bout de son nez ?
Voit-on plus loin que sa carte de crédit
quand les rayons laser remplacent les lunettes ?
Les riches sont plus riches.
Les pauvres sont plus pauvres.
Leurs enfants naissent au dépotoir à l'ombre des gratte-ciel obèses.
Quand il fait froid jusqu'à l'os, ce dernier sert pour la soupe.
Même les chiens sont malheureux.
Les arbres ont peur des skideuses et des moineaux radioactifs.
Le cœur fait tilt au moindre choc et refuse de battre.
La vérité rit jaune sous sa cagoule fatiguée.
Chacun cherche une route pour justifier ses pas
et se perd en partant égaré par l'envie.

par la freniere publié dans : Poésie
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Mercredi 30 avril 2008

Il est rare que le temps coïncide à l'espace
il est rare que les yeux correspondent à l'image
il est rare que l'espoir trouve sa raison d'être
il est rare que l'amour se conjugue au futur
il est rare que l'on vive à la mesure du rêve
il est rare que le dire survive au réel
que jamais et toujours échangent leurs voyelles
il est rare que l'on donne plus qu'on peut recevoir
il n'est pas rare qu'une main cherche son autre main
il est rare qu'un arbre ne fasse pas de l'ombre
il est rare qu'une bête se construise une cage
que le vol d'un oiseau ouvre le cœur de l'arbre
il est rare que les poings remplacent les caresses
il est rare qu'un oiseau s'envole dans la pluie
il est rare que l'on marche à la hauteur du ciel
même en imaginant les autres galaxies
il est rare que la vie vaille la peine qu'on en meure
il n'est pas rare qu'on meure sans savoir où l'on va


par la freniere publié dans : Poésie
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Lundi 28 avril 2008

Je chercherai longtemps des pétales de safran au milieu du cambouis,
aussi longtemps que l'amour aura les bras tordus
et les pieds dans les plats,
que le Wendat ne fera plus corps avec l'écorce
et l'homme avec la femme,
aussi longtemps que l'on mettra une sourdine au soleil
et des habits de guerre aux enfants de la jungle,
aussi longtemps que les prières s'adresseront à Dieu
au lieu d'honorer la terre,
aussi longtemps que le papier monnaie remplacera le cœur,
aussi longtemps que la justice aura les yeux d'un juge,
que le plasma des écrans supplantera la chair.


J'ajouterai des mots sur la page invisible,
des pépins de pomme dans le verger détruit,
des grains de sable dans les soupapes des moteurs,
des os à moelle dans la soupe du jour,
des grosses bûches d'érable dans l'âtre du bonheur.

J'ajouterai des couleurs à l'arc-en-ciel déteint,
des images à la voix, des caresses à la main,
des rallonges à l'espoir, des lucioles aux néons,
des vagues de fraîcheur à l'aride et le sec.

Je ne crois plus beaucoup à la vertu des hommes.

 

par la freniere publié dans : Poésie
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Vendredi 25 avril 2008

Faut-il vraiment faire la queue
et nous mettre en attente
sur des trains sans départ ?
Faut-il vraiment faire la file
sans savoir pourquoi ?
Faut-il se mettre à genoux
pour faire sa prière
au lieu de rester debout
dans l'amitié des arbres ?
Faut-il vraiment tourner en rond
sur une même ligne droite ?
Faut-il vraiment faire la guerre,
faire semblant
et faire de vieux os avec la jeune peau ?
Faut-il vraiment porter un masque
et mentir aux enfants ?
Faut-il tuer la chair
pour parler aux atomes
et polluer la mer
pour manger du poisson ?
Faut-il vraiment serrer les dents
et mordre la rancune ?
Faut-il vraiment vendre son âme
pour manger à sa faim ?
Faut-il vraiment compter
sur la bêtise du voisin
pour faire son chemin ?
Faut-il toujours monter en graines
la tête pleine de sable ?
Faut-il vraiment fermer la porte
aux circonstances du hasard ?
Faut-il vraiment compter les sous
qui manqueront toujours ?
Faut-il vraiment mourir
Sans apprendre à aimer ?

par la freniere publié dans : Poésie
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Lundi 14 avril 2008

Je viens de l'air et des racines.
Je viens de l'eau et de la pierre.
Je viens des mains et des caresses.
Je viens de l'homme et de la bête,
de la mémoire de la terre.
Je viens de neige. J'arrive fleuve.
L'automne est une mort active
préparant le printemps.
Je regarde un oiseau
jaillir des épines.
Je viens de moi. J'arrive à toi.
Je viens de nous. Je viens t'aimer.


par la freniere publié dans : Poésie
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L'Autre versant, 2006

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en France:

Ed.Chemins de Plume 156, Corniche des Oliviers-V 30 - 06000 Nice

 

autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

 

 

 

 

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