Vendredi 11 juillet 2008

Il y a des mains de travailleurs qui deviennent leurs chaînes. Comment a-t-on pu en arriver à la gloire de tuer ? Est-ce à cause de Dieu, de l'argent, de l'atavisme des atomes ? J'aimerais croire à la bonté de l'homme. Il peut être si beau quand il aime. Il ne suffit pas de jeter des mots l'un sur l'autre pour corriger le vide. Il faut qu'ils soient palpables comme des mains d'accoucheurs. Mes mots cherchent leurs lèvres au-delà du papier. Il faut répondre à la fontaine par autre chose que la soif, voir plus loin, plus haut. Il faut mêler ses larmes au sel de la mer. Il ne sert à rien de garder la tête sur les épaules sans un cœur sur la main, les yeux en face de trous sans voir le soleil. Même seul pour écrire avec des mots qu'on piétine à faire mal, des images qui ne veulent pas se vendre, mes phrases avancent coude à coude dans la foule des hommes.

Il faut se méfier des prières qui précèdent les bombes, des paroles pour vendre, des chiffres des comptables, des tombeaux qu'on façonne avec le sang des autres. Il y a trop d'assiettes vides pour un seul Big Mac, trop de salauds qui empochent au détriment du rêve. Les croyants n'ont pas besoin d'église mais d'une tombe. Ni fils, ni père, ni Dieu, aucun profit, aucun pays ne mérite une guerre. Nous connaissons les assassins et nous les remercions pour un peu de pétrole. Les mains n'applaudissent plus que ligotées. Loin de leurs livres, de leurs banques, de leur hégémonie, je traîne l'espérance au bout du désespoir. Je m'accroche à la page avec les mots du corps, les battements du cœur, les images d'enfant. L'alphabet dans une main, une gourde dans l'autre, je cherche l'eau dans un désert de langues. Je ne veux pas du temps mais des mots pour le dire.


Les fleurs sont des coupes pour le champagne de l'air. Les pas sont des assiettes sur la table des routes. Plus personne n'habite la maison du partage. Le vieux bois craque en vain. Aucune feuille ne parle des racines. La source ignore d'où elle vient. Elle mélange les verbes avec les sujets, les images du je avec celles du il. Elle dit les mots de l'eau avec la langue de la terre. Mes pieds sont des chemins qui foulent l'invisible. Mes yeux butinent les larmes et le pollen joyeux. Je bouge peu à peu les petits doigts du cœur, balayant les artères, ouvrant la cage thoracique, aérant les neurones, caressant les conduits. Je regarde l'aurore avec l'œil du couchant. Je n'ai d'autre demeure que celle de mes pas escaladant les marches des paroles. J'habite où je n'habite pas.

par la freniere publié dans : Prose
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Jeudi 10 juillet 2008

Comment un homme qui a crié «maman» en arrive-t-il à tuer ?


par la freniere publié dans : Aphorisme du jour
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Mercredi 9 juillet 2008
par la freniere publié dans : Glanures
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Mardi 8 juillet 2008
Poussant la porte en toi, je suis entré
Agir, je viens
Je suis là
Je te soutiens
Tu n'es plus à l'abandon
Tu n'es plus en difficulté
Ficelles déliées, tes difficultés tombent
Le cauchemar d'où tu revins hagarde n'est plus
Je t'épaule
Tu poses avec moi
Le pied sur le premier degré de l'escalier sans fin
Qui te porte
Qui te monte
Qui t'accomplit

Je t'apaise
Je fais des nappes de paix en toi
Je fais du bien à l'enfant de ton rêve
Afflux
Afflux en palmes sur le cercle des images de l'apeurée
Afflux sur les neiges de sa pâleur
Afflux sur son âtre... et le feu s'y rallume

AGIR, JE VIENS
Tes pensées d'élan sont soutenues
Tes pensées d'échec sont affaiblies
J'ai ma force dans ton corps, insinuée
...et ton visage, perdant ses rides, est rafraîchi
La maladie ne trouve plus son trajet en toi
La fièvre t'abandonne

La paix des voûtes
La paix des prairies refleurissantes
La paix rentre en toi

Au nom du nombre le plus élevé, je t'aide
Comme une fumerolle
S'envole tout le pesant de dessus tes épaules accablées
Les têtes méchantes d'autour de toi
Observatrices vipérines des misères des faibles
Ne te voient plus
Ne sont plus

Équipage de renfort
En mystère et en ligne profonde
Comme un sillage sous-marin
Comme un chant grave
Je viens
Ce chant te prend
Ce chant te soulève
Ce chant est animé de beaucoup de ruisseaux
Ce chant est nourri par un Niagara calmé
Ce chant est tout entier pour toi

Plus de tenailles
Plus d'ombres noires
Plus de craintes
Il n'y en a plus trace
Il n'y a plus à en avoir
Où était peine, est ouate
Où était éparpillement, est soudure
Où était infection, est sang nouveau
Où était les verrous est l'océan ouvert
L'océan porteur et la plénitude de toi
Intacte, comme un œuf d'ivoire.

J'ai lavé le visage de ton avenir.

Henri Michaux

 

par la freniere publié dans : Poésie du monde
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Lundi 7 juillet 2008

Je déshabille le monde un peu plus chaque jour. Si je parviens à traverser le froid, c'est par ta chaleur. Nul rempart ne peut plus enrayer le bonheur. J'ai beau lancer mes pas comme des dés sur la route, ils mènent tous à toi. Nos horizons distincts ont des paroles mutuelles. Quand je marche avec toi, j'ai toujours l'impression que le soleil me suit. Toute ombre devient feu et la neige lumière. Chaque ruisseau est un fleuve. Chaque plante est un jardin. Chaque homme est un ami. Le vent soulage mes épaules. Mes pas sont si légers qu'ils caressent la terre. Je ne marche plus, je vole.

Je me prends pour la mer. Je me transforme en vagues. Il n'y a plus de marée mais un flot de caresses, du petit ru d'un doigt jusqu'au fleuve d'un bras. Donne-moi ta main, je te donnerai la mienne. Je serai dans ton ciel. Je serai dans tes bras plus près de l'infini. Dis-moi ce que tu vois, je te verrai le regarder. Ton cœur ponctue ma vie. Tu es ma latitude. Tu es ma longitude. Tu me situes au milieu du cosmos. Je t'écoute, je rêve et ce n'est plus un rêve.


Tu es allongée comme une barque renversée. J'y rame avec toi à rebours de la mort. Les mêmes vagues nous façonnent. Je tiens tes mains de femme entre mes mains d'homme. Je t'aime d'une passion plus haute que d'aimer. Quand l'hiver est trop long, le feu roux d'une renarde me réchauffe. C'est son museau qui souffle dans tes caresses sonores. Qu'y a-t-il dans ta main qui me donne tant de force ? Qu'y a-t-il dans tes yeux que j'y vois l'infini ? Il n'y a rien en toi qui ne soit ce que j'aime.


La terre se lève sur ton passage. Les arbres dressent leur cou. Les fleurs te saluent. Tu tends les mains vers le soleil et j'y pose les miennes pour qu'on le goûte ensemble. Chaque matin, notre amour commence. Il commence toujours et ne finira pas. Nos neurones s'affolent à même la lumière. Le cœur maintient le rythme et nous dansons, nous valsons à même l'infini. Je n'existe plus que pour être celui qui t'aime. Nos pas occupent le même espace. Nous avançons d'une empreinte commune. Tu peux jeter tes larmes sur mon cœur, j'en ferai des caresses.


Tu sais parler aux bêtes. Elles te suivent de près et te protègent des faux pas. Je ne sais plus rien d'autre qu'être là où tu es. Tu traverses mon corps comme un torrent de vie que plus rien ne retient. Il m'entraîne plus loin que les mots pour le dire. Je brûle d'un amour tangible comme le feu. Je veux que tu sois la mieux aimée. La lune brille avec toi. Je me confonds à sa lumière. Il n'y a pas d'espace qui contienne l'amour. L'amour inclut tout. Il n'y a pas de temps pour aimer. L'amour n'a pas de temps. Il se conjugue à l'infini. Ta parole s'insère dans le silence que je suis.


J'écris avec la pointe de l'émotion sur le papier de l'âme. Depuis mes mots jusqu'à tes yeux, ta lecture abolit la distance. Le soleil chante sans relâche. J'ai ton sourire étampé sur le cœur. Ta main. Je regarde ta main. J'apprends ses lignes. Je la prends, pleine de chaleur et d'infini. Ta main est une immense caresse. Je m'y love, my love. Lorsque tu n'es pas là, je dors du côté vide du lit. Je te rejoins en rêve. Je ronfle tellement fort que je réveille les nuages. Je veux que tu m'entendes à l'autre bout du monde.


Il m'arrive de mettre ton parfum pour vaincre la distance. Je suis à toi. Je suis à toi avec mon coeur plein d'émoi, avec mon âme pleine d'aimer, avec mon corps plein de joie. Fais de moi ton sommet. Tu es le seul instant que je revis sans cesse. Il n'y a que nous deux. Y aurait-il la foule, il n'y aurait que nous deux. Nous sommes amoureux. Nous sommes amoureux pour toujours quoiqu'en disent les heures. Il n'y a que nous deux, étonnés d'être là, comme les deux bras d'un corps qui se joignent les mains. Nous sommes d'une autre galaxie, dans une autre dimension, toujours ailleurs en étant là. Ensemble, tout ce que nous voyons a le goût du bonheur. Quand tu m'as proposé de vivre, tout mon corps a dit oui. Avec ma glaise inachevée, tu as fait le début d'une épure. J'apprends à être.

Les plus belles pages de mon livre, c'est toi qui les écris. Les plus belles images, tu les dessines en moi. Notre amour engendre les plus belles paroles. Tu es la main qui manquait à mon bras, les doigts devenus caresses, les lèvres de la terre sur les lèvres du ciel. Moi qui fus le cloporte, la salamandre, le serpent, je suis le ciel en toi, tout un essaim d'étoiles. Moi qui fus la chair de poule, je suis la caresse pour toi. Moi qui fus l'ange déchu, je suis l'homme pour toi, le rebelle debout, le tendre dans tes bras. Je ne veux pas savoir l'heure qu'il est. Je veux goûter ta peau. Je ne veux pas savoir la distance. Je veux le lien qui nous unit.

Je pose mes lèvres sur toi, partout. Je danse en funambule sur ta ligne de coeur. Soyons notre île, notre terre, notre mer. Nous ne sortirons plus de la cahute du cœur sauf pour cueillir des fleurs. Soyons notre temps, notre espace, notre infini. Nous ne sortirons plus de la tente à caresses. Je t'ai aimée sans même te connaître comme on aime la vie quand le soleil se lève. Je n'en finirai pas d'apprendre l'infini. Tu m'apportes la mer, le sel de la vie sur mes plages de neige. Tu exiges, tu ris, tu pleures. Tu ouvres ton enfance comme une amande amère. Tu apportes la voix aux choses du silence. Nous ne serons jamais hors de portée des mots. Chaque soir désormais, je dors dans les tiens.

Je ne cesse d'écrire pour te faire un manteau, une table, un jardin. Je pose mes mains sur toi et mes souliers troués dans tes pas d'escarpin. J'orpaille tes caresses dans le tamis des doigts. Je dépose à ta porte une prairie vivante, une rivière d'amour, un fleuve de tendresse, une montagne de joie. Je t'ouvre une lucarne dans le grenier de ma tête, une porte sans gond à la hauteur du cœur. Toi seule en a la clef. J'ai soif d'être ton eau. J'ai faim d'être ton pain.

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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

 

 

 

 

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