Mercredi 29 août 2007

Tu chemines dans l'absence de ce que tu es. Tu apprivoises, ici et là, parfois, le parchemin du sens, lumière qui fend la pierre, puis tu retournes, au clair de l'obscur, dans ton manteau de sang. Tu ne sais vraiment rien ou pas grand-chose. Tu as l'audace des livres et les allégeances de l'amour. Tu es jonquille, à la dérive entre les inconsciences de la matière et les spasmes du dénuement. Tu ne sers sans doute qu'à encenser des mots dans les ressouvenances de la mort.


Umar Timol
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Dimanche 5 août 2007
Vous éructez
le sens de vos génuflexions
mais où est le cœur
où est le cœur
où est-il
je ne le vois pas
je ne vois
sur la croûte de vos tapis
que les amas de la sueur acre

des immodérés de la luxure et du pouvoir

ma connivence
quant à moi
ne me le reprochez pas
est ma constellation des indolences
quand

ce mat englué de tous les verbes de la musique

me transperce
quand
la frégate bleue
m’emmène vers ces terres rachitiques
ou des excroissances incestueuses
ouvrent les vents chaloupés d’un ghazal
quand
je l’entends
Elle
alors que mon cortège funéraire
s’enfonce dans le terroir du silence
tambouriner
encore
encore
pas à pas

toutes les truculences de l’intoxication

Umar Timol   Ile Maurice

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Vendredi 27 juillet 2007

je suis d'ailleurs / et pourtant / j'observe le sens / de toutes vos prières /

j'ascèse / les mouvances / du désert / et pourtant / je suis / fertile / de toutes vos mers / reniées / ou inventées /

vous me sommez / la sentence de l'origine / mais je n'appartiens / qu'aux

livres insoumis / et aux êtres / que j'aime /

 
Umar Timol
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Mardi 6 février 2007

on ne pourra jamais refluer la démesure du temps,

s'y encastrer pour s'en défaire,
il n'y aura,
ma trop douce ou ma trop brune,
ni bleu, ni, rêve, ni intermède,

les mers qui nous séparent ont trop longtemps énoncé l'exil et l'amertume,

on aura beau brûler les vents des minuits

ou consteller de diamants les antres du désert,

on aura beau épouvanter les larmes du soleil ou désenfouir ces visages amputées de toutes les attentes,

on ne cessera pour autant la mélancolie du vide,

des rides, 

on ne cessera tout ce qui fuit et qu'on ne peut rattraper, 

tout ce qui n'a jamais été et ne peut être, 

on ne cessera,

                ma trop douce ou ma trop brune, 

les floraisons du mal,
la cruauté ordinaire,

les mains ornées de terreur et de sang,

on ne cessera les frontières qui pullulent les cauchemars de ceux qui croient tout savoir, tout posséder,

on ne cessera ces pactes qui ordonnent la frénésie de la matière,

on ne cessera la fosse inépuisable de la haine,
il n'y aura,

ma trop douce ou ma trop brune, 

je le sais maintenant,
que la présence dans l'instant,
nul lieu où fuir,

aucune audace n'inscrira le réenchantement,

aucun baptême ne dira le bonheur 

et on ne se recueillera que dans le jaillissement de la mort,

nos souffles mêlés,

enfin réconciliés,

cordages qui braseront d'étincelles

                nos corps déportés aux extrémités de ce monde devenu crucifix

 

                et Tu es belle

 

 
Umar Timol  Ile Maurice
 
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Mercredi 26 juillet 2006
Que faites-vous monsieur ?
 
Aux victimes
de la
barbarie israélienne.
 
 
Que faites-vous
monsieur
après avoir d é capité un enfant 
 
est-ce que vous retournez chez vous
l'âme sereine
le cœur tranquille
content d'avoir fait du bon boulot
 
est-ce que vous lisez votre journal
monsieur
en buvant votre café
 
est-ce que
monsieur
vous regardez les infos à la télé
en vous disant
que les politiciens c'est de la merde
 
est-ce que vos pensez
monsieur
à votre association
qui aide les pauvres du quartier
 
est-ce que vous vous dites
monsieur
que vous méritez une promotion
que vous en avez marre
d'en être toujours la
après de si longues années de carrière
 
est-ce que vous pensez
monsieur
à l'emprunt bancaire qu'il faudra rembourser
ou aux études des enfants
ou à l'inflation qui ne cesse d'augmenter
 
que faites-vous
monsieur
après avoir décapité un enfant
 
est-ce que vous racontez un conte
à votre fille
ou a votre fils avant
qu'il ne s'endorme
est-ce que vous leur faites des câlins
en rêvant
de leur glorieux avenir
 
est-ce que
monsieur
vous téléphonez à votre meilleur ami
pour lui parler de vos petits soucis
ou vous téléphonez
à votre vieille maman
pour avoir de ses nouvelles
 
que faites-vous
monsieur
après avoir décapité un enfant
 
est-ce que vous allez au restaurant
est-ce que vous aimez la cuisine exotique
ou vous préférez dîner à la maison
 
que faites-vous
monsieur
 
est-ce que
vous faites les mots-croisés
ou le sukodu
ou vous lisez un bon livre
ou peut-être que vous regardez un film
 
monsieur
 
que faites-vous
monsieur
après avoir décapité un enfant
 
est-ce que tard la nuit
vous baisez gentiment votre petite épouse
ou vous préférez vous branler
 
que faites-vous monsieur
 
est-ce que vous pensez
monsieur
parfois
à l'enfant que vous avez décapité
 
est-ce que vous pensez
à cette petite tête
qui gît à des mètres du corps
 
est-ce que vous pensez
monsieur
à la souffrance
à sa souffrance
chair innocente qui se brise
déchire
éclate
qui se répand
 
que faites-vous
monsieur
après avoir décapité
un enfant
 
que faites-vous
 
Umar Timol     Ile Maurice 
 
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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