Manquablement le bonheur s'est perdu sur la route
manquablement l'espoir l'a précédé de peu
manquablement la vie s'est cachée dans le talus
l'épine dans le talon le feu dans le taillis
manquablement l'amour a fait la sourde oreille
manquablement la nuit s'est pendue dans les arbres
l'oiseau refuse de chanter dans une cage d'ascenseur
les pierres fatiguées contredisent la source
le bois se fend la neige fond
la mer se noie la terre se terre
manquablement le cœur s'arrêtera de battre
la forêt murmurante aura perdu la voix
manquablement la mort le tonnerre et l'éclair
manquablement le vent la poussière et la nuit
manquablement la peur la misère et l'ennui
manquablement la peau la paupière et la pluie
manquablement qu'il manque une phrase au poème
Au contact du crayon sur la page
les images clignotent.
Les mots ont le vertige
dans les virages de la phrase.
Les lignes font des rides
sur le visage de l'encre.
La voix des hommes s'arc-boute
au volant du silence
traversant l'inconnu
à la vitesse des voyelles.
Personne n'est plus amoureux que nous
rien n'est plus affirmatif que notre oui
rien n'est plus doux que tes caresses
personne n'est plus belle que toi
personne n'est plus heureux que moi
rien n'est plus ensemble que nous
personne ne va plus loin que nos pas sur la plage
rien n'est plus vrai que nos mots sur la page
tu mets ton âme à table plus nue que le désir
le monde entier est trop étroit pour nous loger
quand je t'enlace à bras-le-cœur
les pointillés de l'amour outrepassent la vie.
J’ai trop joué j’ai perdu pied
avec des larmes de stylo
des armes de papier
les bras d’une poupée
les fils des marionnettes
j’ai perdu les pédales
j’ai perdu mes pétales
sur les fleurs du tapis
mes vers qui riment à rien
mes mots de porcelaine
mes pieds d’argile
mes pas de danse
j’ai perdu pied
je marche sur les mains
avec des petits doigts de pluie
et des pas d’herbe verte
je fouille la poussière
avec les chiens loqueteux
qui lapent les ornières
Je tricote la vie
avec des bouts de ficelle arrachés
à la pelote de haine,
le blé en herbe
fauché par les années,
le fil du temps perdu
entre le sel et l’eau,
le couteau de l’éclair,
les poignards cachés
dans les fourrés de l’amour,
les griffes de la peur
dans le cœur d’une rose.
Je dessine la mer
dans la poussière des jours
avec des crayons de brume
sur le bord d’une page.
Je réveille le sel
dans le sommeil des éponges.
Mon loup est mort.
Les branches de bouleau ont le deuil en écharpe.
J’ai le cœur en mille miettes,
un os à nu dans la gueule des mots,
un cœur de patte saignante
prise au piège des hommes.
Il me faudra brouter le givre du silence,
marcher sans traces dans la neige.
Même mort sans un cri,
mon loup n’a pas quitté ma voix.
Ses poils traînent partout au milieu des voyelles.
D'un mot l'autre