Lundi 27 octobre 2008

Ça commence avec rien
trois fois rien qui fait tout
une salle de naissance et des cris bâillonnés
puis les ors de la nuit pluie sur la vitre attisée
l'éclat d'une couleur assoiffée de soleil
la note imperceptible
d'un oiseau sur une portée électrique
un arbre qui soutient l'un des siens décimé
le bruit si doux d'un souffle emmitouflé de silence

Du peu qui fait la mie qui fait l'or de la croûte
ce qui plonge dans le coeur un rire inexpliqué
la grâce d'une tige déployant ses ailes à fleur de vent
les tâches de pissenlit sur le short de l'enfant
l'étincelle toujours vive des visages en-allés
l'absence qui crépite dans les jardins de neige
le désir ressuscité sous la trompette de Miles
la mer retrouvée juste après le naufrage
les mains serrées très fort dans le cercle d'aimer


Rien c'est tout
c'est douleur
c'est douceur
c'est un monde résumé
dans ce qui le traverse

Laila Cherrat



par la freniere publié dans : Poésie du monde
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Dimanche 26 octobre 2008

Le voilà, le jour, le lieu, où je coupe la gorge au temps.

Il est là, ce petit bout d'aurore, avec sa sève d'heures qui montent enfiévrées de regards.

Les mots ne passent plus par dessus les vallées. Le vent tiède s'écorche à son nom. Sans bruit sans but j'erre.

Il est pourtant vivant, ce silence frissonnant d'oubli. Chaque seconde-perle-goutte-
de-passé-suinte-le-vide. Il faut encore attendre l'instant. L'instant, où l'air sera des nôtres.

La cage est grande ouverte. L'oiseau s'est envolé, mais le tigre n'a pas compris qu'il pouvait lui aussi partir.

Il a fallu que l'orage arrive, sur la pointe des pieds.

Isabelle a paru sur un quai de métro. Elle a mis dans le mille, et ses hanches ont annulé le vide.

Il a suivi la piste en tremblant de lumière.

C'était elle, ce petit bout de jour, goutte-de-rosée échappée au passé.

Il faisait frais sur l'archipel. Les vagues, en rouleaux, ont happé sa mémoire. Qu'il était fort le soleil déchirant l'horizon.

Il avait faim. Faim de ses reins, de ses épaules, de son miel.

Elle était au pluriel, et il s'y est noyé.

*
* *
La peau pierre séculaire, le sphinx est allé voir ailleurs. Et je n'y étais pas. Et c'est la vérité !

La Seine a mis Paris en scène. Cela donnait un parfait contre-jour, du plus heureux effet. C'était fait, et bienfait pour ceux qui savaient faire. Plutôt, qui savaient voir !

Pourtant Eiffel n'a pas vu ou fait mieux.

Mais être, à cette heure, dans les rues de la ville, quel bien-être !

Etre ou ne pas être, aucune importance. N'en déplaise à Shakespeare. D'ailleurs, ici, il n'a jamais vraiment eu droit à la parole.

Isabelle, belle de ma nuit, au centième de seconde, j'écris ta liberté.

Je revendique avec toi, et pour tous ceux qui s'aiment, le droit à ne plus compter, à ne plus calculer, à ne plus mettre en chaîne, le Regard.

J'ai soif de tes yeux clairs, je bois à tes paupières. C'est vrai qu'il ne m'a pas trouvé le Sphinx. Sinon comment en serai-je là, à tes pieds, mon Omphale ?

J'exige, pour survivre, la chute des Bastilles. Qu'on vilipende les lois de l'image parfaite. Que veulent dire mise au point ou cadrage ? D'ailleurs je m'en fou. Je laisse libre cours à ton parfum, à ton sourire, et à ton nom.

Je veux qu'aux coins des rues se ruent tous ceux qui passent, et qu'ils chantent à tue tête pour tuer le temps.

Même le temps des lilas ou celui des cerises ! Que dire du temps-de-pose? La Photographie n'a jamais été - au bout du compte - qu'un passe-temps pour communiquer, connaître, faire connaître, savoir, explorer l'au-delà du monde en péril, éparpiller l'imaginaire et recréer l'univers...

Je veux désormais en faire le moyen le plus sûr pour épeler ton nom I.S.A.-B.E.L.L.E de P.A.R.I.S...

*
* *
Après tout, dans ce foutu métier, passe-montagne, passe-tout-grain, passe-partout, passe-passe ou passe-temps, n'ont jamais été aussi nécessaire qu'un passe-vue !

Pourquoi m'entêterais-je à vouloir dire aux autres que tu descends du ciel et non pas d'une lumière banalement focalisée ? Tu sais autant que moi qu'il n'y a rien de moins objectif qu'un objectif photographique ? Alors pourquoi ? Puisque la bulle lente du monde roucoule dans ma gorge ?

Je bâtis à mains nues le poème du siècle.

Je fredonne pour toi, les berceuses de mon enfance.
Il est dans ma tendresse la complice espérance de te garder un peu, pour t'aimer comme on crie, au jour de la naissance.

Je suis venu à toi comme on va à la source. Comme Picasso au communisme. Comme Jeannetton aux joncs.

Je crois, tout simplement, au bonheur, à cette ville et à toi.

Je crois en toi, comme on croit au silence, à la grandeur et à l'été.

Je crois à ta démarche printanière, à tes mots, à ton intelligence, aux nébules de tes seins, à l'ivresse de ta présence... Je crois en toi, Isabelle-de-minuit...

*
* *
La lune est régicide ce soir, place de la Concorde. Bien mieux que ces Français récents qui n'auraient pas voulu - curieux sondage ! - couper la tête à Louis.

Le Boulevard Saint-Germain hésite avant d'aller vers Saint-Michel.

Isabelle, sans-culotte, glisse le long d'un trottoir.

Mon 24X36 n'en croit pas son miroir et je n'en crois pas mes yeux. J'ai devant moi la houle-faîte-femme, ou si vous préférez, j'ai devant moi la certitude qu'elle est vraiment ce qu'Aragon disait de l'avenir de l'Homme.

Il n'y a plus de Roi. Voudrais-je d'une Reine ?

Je pense à la lune-populaire.

J'ai des barricades plein la tête. Je vote pour toi, Isabelle de rêve. Je vole vers toi. Mon zoom coulisse en douceur et je cueille ta fleur, ton lys, ton toi, ton tout.

Vois-tu, j'ai froid, ce soir. Paris est nimbé de ta clarté. Je frissonne d'émoi pour toi et moi, à la Géraldy.

J'ai capté ta silhouette. C'est la photo numéro un. La photo scoop de mon âme.

J'ai repris le chemin, le dur chemin de voir et d'exister. Le dur chemin de dire et de montrer. Le dur chemin de décider, d'enregistrer, de développer et de tirer.

J'ai repris la route du faire-parler, du faire-sentir et même du faire-pleurer.

Pour toi, rien que pour toi,

j'irai

Paris - juin 1989

Gérald Bloncourt


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Dimanche 26 octobre 2008
Gilbert Langevin et Raoul Duguay

pour me reconnaître au milieu du bétail
un détail
j'ai les yeux en croix

et les sanglots pleuvent sur les abattoirs
le cadran du coeur en sa cellule rouge
ronge son frein solaire

un serpent dans les entrailles
enquête sur le charivari
d'une nouvelle poétude sans père ni mère

consigne du festin vêtir ceux qui sont morts
pour hier ou demain pour la prochaine fête
on fabrique des ouvre-tête

d'ailleurs
le temps vient d'abolir le retard
d'ensevelir enfin les rêves sans saveur
de lyncher le scrupule notre peur d'avoir peur

victoire victoire
qui a crié victoire
pas facile de jeter l'ennui par dessus bord
quand les étoiles meurent au fond de la poitrine

jusqu'à la plante à bruits
profonde division d'attente
souffranciade en herbe alouette alouette
propagation de joie dans la moelle nubile
les ailes à l'embouchure des yeux surnagent

mais les plaies faussent vite le plan des songes
camouflent tout chant de haut-voltage
ah pouvoir parler l'argot des gens heureux
youp sur le mystère des chambres closes

bête à lumière noire
ma voix casse les noix du silence
fracasse la vitrine de l'ancien ciel

ô ma tête... sous les rouages de la Parole

Gilbert Langevin


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Samedi 25 octobre 2008

comme un rire d'âme muette
comme un alphabet du malgré-tout

c'est l'admirable sous tes apparences
et marcheur de petites semaines
salarié d'ironie à ses dépenaillures

il va il vient il n'a pas de peine
à trouver vêture pour chaque éveil
de nuit pour chaque rature de survie

tandis que les bêtises bedonnantes
règnent d'en-haut il se penche
il épouse la platitude d'un jour

il ne sait rien faire il ne sait
qu'aimer l'inutile la misère
dans les marges d'un visage défiguré

celle qui jamais ne condamne

pour toujours

Jacques Brault

 


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Vendredi 24 octobre 2008

à Brigitte

C'est par les veines de la terre
que vient Dieu,
par les pieds qui sont racines
dans l'humus et la pierre,
vers les cuisses, l'aine humide
et douce
comme un herbage de varaigne,
et non du ciel
virginal
où il ne trône pas.
Sur un lit de faînes rousses
je le contemple
par les pores de l'inconscience
et j'adore la senteur fauve
qui transsude
de sa présence abyssale.
Érigé dans la folle avoine
je le traque,
l'aurochs éternel
hérissé d'angons,
dont l'œil béant m'invite
à la chasse infinie.

Frédéric Jacques Temple

 


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Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

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