Dimanche 23 septembre 2007
Le sens du mot «sauvage»
 

À l’égard des Indiens, nous éprouvions nos préjugés et nos bonnes intentions. Cela vaut-il mieux que l’indifférence ? J’examine avec attention la moindre chose. Je reconnais la beauté. Toutes sortes de beautés et singulièrement, celle du langage. Nous avons deviné un système aussi perfectionné que le nôtre, infiniment plus poétique et peut-être plus humain. Un système qui n’a pas besoin d’implorer le latin et le grec pour inventer des mots nouveaux. L’hélicoptère est une libellule et le magnétophone, un perroquet. Les Blancs sont mistoucouchou, c’est-â-dire ceux qui ont des canots de bois, ce qui décrit bien leur avance technologique. S’ils nous abordaient aujourd’hui, nous serions ceux qui possèdent des fermetures éclair ou ceux qui marchent sur la neige avec des chiens à skis. Nous les nommons encore Indiens, aux antipodes des Indes, ou sauvages ce qui n’était pas sans beauté. Mais nous savons mal aimer. Et nous avons détérioré ce mot, nous l’avons détourné de son sens, par mépris. Je suis une maudite sauvagesse, écrit madame André de Schefferville, sans savoir que ce mot veut dire «habitant des forêts» : ce qu’ils rêvent de redevenir.

Nous n’avons pas respecté le mot «sauvage» et nous n’avons pas non plus respecté leur langage par lequel ce pays était infiniment mieux nommé que par tous nos saints de plâtre et par tous les rois et reins Charlotte de la terre Angle. Mais ce qui était méprisé par cette démarche, ce n’était pas le sauvage mais le commun. Et les noms de saints et les noms de rois excluaient la poésie du peuple, qu’il soit sauvage ou habitant, indien ou québécois.

Mais avons-nous le droit de maintenir un peuple dans un isolat linguistique pour la satisfaction de préserver un patrimoine ?

Je reconnais également la merveille de leur nomadisme dans un pays hostile, et leur légèreté, leur âme d’écorce, l’arme courbe du couteau, le sable qui sert de four à pain. Mais peut-on les renvoyer à la chasse fondamentale et leur arracher le goût des miroirs de toutes sortes que nous leur avons enseigné, pour qu’ils ressemblent à leur père : est-ce là un bonheur ?

Pierre Perreault
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Mercredi 19 septembre 2007

Conseil des Haudenosaunee, 1977

Il faut que les peuples qui vivent sur cette terre dépassent le concept étroit de "libération de l'homme" et qu'ils commencent à voir que cette libération doit être étendue à l'ensemble du monde naturel. Ce qu'il faut, c'est libérer toutes choses qui entretiennent la vie - l'air, l'eau, les arbres, tout ce qui entretient la trame sacrée de la vie. 

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Jeudi 13 septembre 2007
René Derouin


telle me brother

quelle langue rêvaient nos ancêtres

en ouvrant la trail après la tempête

 
fala para me irmazinha

quelle langue causaient les anciens

aux racoûnes en fleur et aux renards croisés

quelle langue rêvaient les sorciers de l’île d’orléans

juste avant de se transformer en wendigos

 

mech’ mech’ mech’ don’

marche marche marche donc

glottaient les vieux esquimaux-koutchines du koyoukon

à leurs chiens-loups
 
ravages chicoutées michipichou
nâgane barcanes bouscueils
 
d’où me viennent tous ces mots

ayant échappé au contrôle académique

 
ouapiti chikok carcajou
aglou oumiak eekalou
 
mais d’où me viennent donc
tous ces sons

 * 

des rhizomes cherchent leurs racines
des fleuves cherchent leur source
des noms cherchent leurs rives
des lacs cherchent leur écho
et des isles leur solitude

des sons coulent
de la gorge autochtone

histoires noyées
sous le sillage du temps

n'en reste plus
que des toponymes inconnus
à moitié baptisés

*


Jean Morisset   L’Homme de glace, Les Éditions du CIDIHCA

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Vendredi 31 août 2007

Juste une fois. Juste assez longtemps

pour happer les mots, ferrés

à nos langues. Vous pensez à nous maintenant

quand sur la terre vous vous agenouillez

quand vous singez le sacré

touristes passagers

de nos âmes.



Avec des mots

vous peignez vos visages,

mâchez vos peaux de daim, appuyez votre poitrine

contre l'arbre comme si

partager une mère

pouvait apporter

la connaissance immédiate

et originelle.



Vous pensez à nous seulement

quand votre voix réclame des racines,

quand vous êtes assis sur les talons,

et devenez

primitifs. Vous finissez votre poème

et repartez.



traduction Martine Chifflot-Comazzi

Manuel Van Thienen

Texte de Wendy Rose, poète, peintre et dessinatrice, née en 1948

en Californie, de père Hopi et de mère Miwok

extrait du recueil " Lost Copper" 1986 

voir le blog de Colette Muyard:musiquedesmots.over-blog.com/
 
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Jeudi 2 août 2007
Pensées wendates

Dans le canot de mon père
je me laissais guider en toute sûreté

Dans l'embarcation d'aujourd'hui
vêtu du meilleur gilet de sauvetage
je crains la vague

*

Dans ces temps
on nous donne
des droits artificiels sous réserve

Dans nos temps
on possédait
des droits naturels sans réserve

*

Lorsque tu es venu
tu as été accueilli
tel que tu étais

Parce que tu es resté
tu nous as voulu
tel que tu étais

Nous ne voulons pas que tu partes
mais nous serons toujours
tels que nous sommes

Jean Sioui

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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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