Jeudi 21 février 2008

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Bernard Dimey est né, un 16 juillet en 1931, à Nogent-en-Bassigny (maintenant Nogent tout court) dans la Haute-Marne.

Il commence à faire de la radio, puis écrit dans la revue "Esprit". Il s'intéresse à la peinture (sous le nom de Zelter) et s'installe à 25 ans à Paris, sur la Butte Montmartre.

Il ne la quittera plus. Il y fréquente les bistrots, il y en avait encore là-bas, pas trop envahis par les touristes. Il y rencontre les poivrots, les putes, les truands, les artistes. Et il commence à écrire ses poèmes, les déclamant dans ses repaires.

Il propose ses chansons à droite à gauche. Ses clients seront Yves Montand, Charles Aznavour, Serge Reggiani, Henri Salvador, Patachou, Juliette Gréco, Les Frères Jacques...

Tout le monde connait "Mon truc en plume" que chantait Zizi Jeanmaire, "Syracuse" par Henri Salvador... Mais écoutez aussi les Frères Jacques chanter "Frédo", "Le quartier des Halles", Mouloudji chanter "Une soirée au Gerpil", Reggiani chanter "Si tu me payes un verre", "Les seigneurs"...

Il a également écrit des scénarios et dialogues pour le cinéma : "Détournement de mineures" (1959) de Walter Kapps, "Le magot de Josepha" (1964) de Claude Autant-Lara, "Deux heures à tuer" (1965) de Ivan Govar, "Le dernier mélodrame" (1978) de Georges Franju...

Finalement il a pris congé de nous et bu sa dernière tournée le 1er juillet 1981, 50 ans... Mais les gazettes ne se sont pas bousculées pour faire de gros titres.

 
Discographie

Ses disques personnels ont été publiés par les disques Deesse (11 rue Lepic 75018 Paris) et sont disponibles chez Paroles de Dimey (même adresse).

en CD
  • La mer à boire
    Recueil d'une partie de ses poèmes "voyoux". Si vous voulez connaître Dimey, c'est celui-là qu'il vous faut.
    Paroles de Dimey 984302
  • Le Testament

    Ses dernières oeuvres. assez lugubre, mais plein de poésie...
    Paroles de Dimey 984282
  • Le bestiaire de Paris

    Paris vu dans les animaux... dit par Pierre Brasseur, Juliette Gréco, Magali Noël, Mouloudji et Dimey lui-même. très beau.
    Paroles de Dimey 984292
  • Bernard Dimey chanté par ses amis
    Là vous trouverez ses chansons "commerciales" et quelques autres chantées par différents interprètes. j'adore Reggiani chantant Si tu me payes un verre et Mouloudji passant Un soir au gerpil.
    CD 316-2
  • Châteaux d'Espagne
    encore des poèmes de Dimey.
    Paroles de Dimey 984932
  • L'encre d'après minuit encore des poèmes de Dimey.
    Paroles de Dimey 984922
  • Bernard Dimey, Poètes et chansons
    EPM
Autres interprètes :
  • Dimey chante Dimey par Dominique Dimey (1993) chez AUV.
  • Charles Aznavour chante Dimey par Charles Aznavour (1983) chez EMI.
  • Divin Dimey par Jehan chez Night and Day.
  • Valérie Mischler chante Dimey par Valérie Mischler (2007).
 
Quelques livres...

Je l'ai connu maigre, moi qui vous cause, débarquant de sa province et, tel Rastignac ou Aristide Bruand, lancer à la capitale, du haut de Montmartre : "Et maintenant, Paris, à nous deux !"

Il connaissait son quartier et ses habitants comme le fond de sa poche et en imprégna toute son oeuvre. Ses textes sur la mort et la métamorphose qu'opèrent sur notre pauvre chair les termites de l'âge sont remarquables.

C'était un tragique qui ne se prenait pas au sérieux.

Mouloudji
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Mardi 19 février 2008
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Mardi 12 février 2008
pag0.jpgDes milliers d'amis

Ironiques et tendres souvent, les récits de Pierre Autin-Grenier balaient un quotidien enchanté et tissent, par les mots, les liens de la fraternité.

Quand Pierre Autin-Grenier n'écrit pas de courts récits aux titres résolument conquérants (Je ne suis pas un héros ou Toute une vie bien ratée), on a quelque chance de le rencontrer au bar des glaces devant un verre de blanc. L'écrivain aime qu'on le précise : d'abord parce qu'il ne rechigne pas à l'idée de recevoir la visite de ses lecteurs et ensuite parce qu'il imagine qu'une citation dans la presse de son bar favori accentuera la générosité du patron à son égard. On sait, ici, qu'il est écrivain; entendez : c'est un original.

L'homme inspire immédiatement la sympathie mais ce qui rend spontanés les gestes d'affection vient directement de ses livres. Après les avoir lus et sans qu'il le sache, Pierre Autin-Grenier devient l'ami de son lecteur. Ce n'est pas la moindre qualité de cette littérature qui sous une apparente modestie, bâtit tout un monde dont les arpenteurs sont humainement proches. On comprend dès lors cette sorte de confrérie qui regroupe, silencieusement, les amoureux anonymes de P.A.G. et ceux des écrivains proches comme Jean-Pierre Georges, François de Cornière ou Georges Louis Godeau.

Vous titrez votre livre Toute une vie bien ratée, vous l'ouvrez par cette dédicace : "Ce livre est pour distraire MUSIC, l'ami fidèle, le camarade enchanteur, mon chien" et, le premier texte est intitulé Je n'ai pas grand chose à dire en ce moment. Croyez-vous, avec ça, être autorisé à vous plaindre de n'avoir pas beaucoup de lecteurs?

J'aime bien dédié un bouquin. Jamais à Aline (sa femme et une excellente cuisinière, ndlr), parce qu'on vit ensemble. Là, je me suis dit que j'allais le dédier à mon chien. Je n'aurais pas dû, maintenant, il est intenable, il joue les stars. Il est même devenu la vedette d'un article paru dans Télérama.

Pour le choix du titre du premier texte, je ne savais pas quoi mettre.

Mais dans le titre du livre, il y a le "bien". Ça compte. Moi, j'estime que je n'ai rien fait dans toute ma vie, mais il ne faut pas exagérer non plus. Quand tu prends notre société, d'un côté, bien rater sa vie, c'est pas mal. Moi, je m'estime plus important que Dassault qui vient de vendre des Mirage. Mais je ne vais pas aller le dire partout.
Et puis, les lecteurs, il n'y en a pas trente millions. Sinon, le Front national ne ferait pas 15%.

Vous écrivez votre différence donc. C'est une sorte d'engagement, de contre-modèle?

Oui. L'écriture a toujours été soit un refuge, soit une échappatoire, soit une libération. Je n'écris jamais pour faire un tract ou défendre une cause. Mais en même temps, il m'est impossible d'écrire le ciel est bleu, la mer est verte et il y a des Mercedes garées devant le casino.

Vous rejetez le roman, comme genre?

Je ne dis pas que je ne ferai jamais un roman. Quand j'ai fini d'écrire Les Radis bleus (Ed. Le Dé bleu), je me suis rendu compte que je me mettais à écrire des textes plus longs qui ont donné finalement Je ne suis pas un héros (L'Arpenteur). Je n'ai jamais calculé ça.
Mais un roman, c'est une fiction et une histoire, ça ne m'intéresse pas du tout. Le comble, c'est le roman policier : connaître l'assassin! La nouvelle, pareil. On me disait “vos nouvelles n'ont pas de chute”. Quelle importance d'avoir une chute?
Ce qui m'intéresse, c'est quand des gens m'écrivent pour dire que ce que je raconte c'est leur histoire. Raconter une histoire fictive sur trois cents pages, moi, ça m'assomme. Je préfère lire des types comme Jean-Pierre Georges qui dit : "Je m'ennuie sur Terre".

Vous évoquez Jean-Pierre Georges. On pourrait facilement établir une liste d'écrivains dont vous devez vous sentir proche. Des écrivains du quotidien comme François de Cornière ou Eric Holder. Or, justement, cette littérature commence à intéresser, non?

On ne sait pas pourquoi on vient nous chercher. Enfin, on n'est pas trop venu, faut pas déconner. Mais pourquoi, cette littérature, avec, aussi Philippe Delerm, apparaît ici ou là?
C'est comme la nouvelle. Avant, on ne pouvait pas en publier. Aujourd'hui on édite des textes d'une page et demie. Peut-être que les gens veulent qu'on leur parle d'eux.

Mais c'est de la littérature ça? Leur parler d'eux? Vous travaillez vos textes?

C'est indispensable, mais il ne faut pas que le travail apparaisse.Par exemple, j'ai écrit un récit sur le paléolithique à partir d'un article paru dans la presse qui m'a donné une idée. Il m'a fallu chercher les références contenues dans l'article. Mais il faut que tout de suite ça s'embranche sur le quotidien, la vie.
Je ne conçois rien d'autre que raconter mes propres illusions, mes propres désirs avec le souhait que ça touche 1 100, 1 200 lecteurs. 1 500 lecteurs, si j'en avais 1 500, on me foutrait la paix.

Vous écrivez pour communiquer?

Oui, pour moi c'est important. Même si tu transformes les choses, c'est un besoin de communication. Tu veux toucher des gens qui aiment bien tes livres mais n'en font pas tout un plat. C'est sûr que je préfère qu'on casse une croûte plutôt qu'on me dise : “Pierre Autin-Grenier, racontez-moi votre oeuvre”.
Ecrivain, c'est bien joli, mais c'est assez con : tu gagnes rien. En France, écrivain, on dirait comme instituteur avant. L'écrivain reste ou semble important, mais il publie chez Gallimard et il gagne 2 300 francs par an. En France, on publie un livre à compte d'auteur et on épate tout le département.

Mais on n'écrit pas pour se faire mousser. Je pense qu'il y a, dans tout acte d'écriture, à un plus ou moins grand niveau, un problème à régler.

Mais vous pensez à la postérité?

On n'est même pas sûr, encore, que Céline va tenir, va rester. Alors des trucs comme ce que j'écris, faut pas rêver! Et pourquoi vouloir durer? Non, non. Déjà que la réalité quotidienne ce n'est pas évident, alors la postérité! Qui connaît, par exemple, Jean Follain, Yannis Ritsos? Alors, la postérité, je m'excuse…

Propos recueillis par Thierry Guichard       Le matricule des anges

 
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Jeudi 7 février 2008

jpg_FRANKETIENNE.jpgLe géant des lettres haïtiennes, né à Ravine-Sèche, en 1936, tout à la fois poète, dramaturge, peintre, musicien. Un “Maldoror” noir, prodigieux créateur de mots, de sons, de rythmes, comme si musique, danse, tradition orale mettaient chez lui la littérature “écrite” en transe, faisaient éclater les cadres traditionnels de la narration. Mondialement connu mais, curieusement, encore à découvrir en France, alors que les écrivains caribéens le saluent comme un génie. Auteur d’une œuvre-cri totalement originale, d’une invention verbale vertigineuse, initiateur du “mouvement spiraliste” qui rassemble en lui dirait-on toute l’âme haïtienne, dont l’autre grand représentant est Jean-Claude Fignolé : nous sommes ici au point où rêve et réalité, se rencontrant, entrent en incandescence, quand grondent encore les forces premières du chaos, à la naissance du monde, et que prend forme peu à peu en nous la lave en fusion des grandes mythologies…

 
BIBLIOGRAPHIE :
Théâtre / Pyèsteyat :

 Foukifoura (Creacom, Port-au-Prince, 2000)
 Kalibofobo. Port-au-Prince, 1988.
 Minywi mwen senk. Port-au-Prince, 1988.
 Melovivi. Port-au-Prince, 1987.
 Totolomannwèl. Port-au-Prince, 1986.
 Kaselezo. (1985) Dérives 53/54 (1986/1987) : 125-163.
 Bobomasouri. (1984) Port-au-Prince : Koleksyon Espiral, 1986.
 Troufobon. (1977) (Imprimerie Les Presses port-au-princiennes, , Port-au-Prince, 1979)
 Pèlin-Tèt (Éditions du Soleil, Port-au-Prince, 1978 ; Pelentet (pyesteyat), nouvo vesyon. Lawrence, KS / Port-au-Prince : Enstiti Etid Ayisyen Inivesite Kannzas / Edisyon Espiral, 2002.

Roman :

 Dézafi (Édision Fardin, Port-au-Prince, 1975 ; Châteauneuf-le-Rouge : Vents d’ailleurs, 2002)

Publié en France :

 D’une bouche ovale : deuxième mouvement (Vents d’ailleurs, 2006)
 La nocturne connivence des corps inverses : quatrième mouvement (Vents d’ailleurs, 2005)
 La méduse orpheline : troisième mouvement (Vents d’ailleurs, 2005)
 D’un pur silence inextinguible : Premier mouvement des métamorphoses de l’oiseau schizophone (Vents d’ailleurs, 2004)
 Ultravocal : Spirale (Hoebeke, 2004)
 Mûr à crever (Ana éditions, 2004)
 Dezafi (Vents d’ailleurs, 2002)
 Les Affres d’un défi (Jean-Michel Place, 2000)
 L’oiseau schizophone (Jean-Michel Place, 1998)

En français :

 La Diluvienne. Port-au-Prince : Spirale, 2006
 Adjanoumelezo, réécriture. Port-au-Prince : Spirale, 2005.
 Fleurs d’insomnie, réécriture. Port-au-Prince : Spirale, 2005.
 Anthologie secrète. Montréal : Mémoire d’encrier, 2005.
 Brèche ardente. Port-au-Prince : Spirale, 2005.
 Et la voyance explose. (1997).
 Les échos de l’abîme. (1997).
 Clavier de sel et d’ombre. (1997).
 Une étrange cathédrale dans la graisse des ténèbres. (1996). 2006.
 La nocturne connivence des corps inversés. (1996). 2005.
 La méduse orpheline. (1996). 2005.
 D’une bouche ovale. (1996). 2005.
 D’un pur silence inextinguible. (première partie de L’Oiseau schizophone, 1993). 2004.
 La Roque d’Anthéron (France) : Vents d’Ailleurs. Parution de 2004 à 2006 :
 Miraculeuse. Port-au-Prince : Spirale, 2003.
 H’Eros chimères. Port-au-Prince : Spirale, 2002.
 Oeuf de lumière / Huevo de luz (poèmes). Port-au-Prince : Spirale, 2000.
 Rapjazz, Journal d’un paria. Port-au-Prince : Spirale, 1999.
 Voix marassas (spirale francréolophonique). Port-au-Prince : Spirale, 1998.
 Et la voyance explose. Port-au-Prince : Spirale, 1997.
 Les échos de l’abîme. Port-au-Prince : Spirale, 1997.
 Clavier de sel et d’ombre. Port-au-Prince : Spirale, 1997.
 Une étrange cathédrale dans la graisse des ténèbres. Port-au-Prince : Spirale, 1996.
 La méduse orpheline. Port-au-Prince : Spirale, 1996. D’une bouche ovale. Port-au-Prince : Spirale, 1996.
 La nocturne connivence des corps inverses. Port-au-Prince : Spirale, 1996.
 L’Amérique saigne (Gun Bless America) (roman, co-produit avec Claude Dambreville). Port-au-Prince : Microplus, 1995.
 L’Oiseau schizophone (spirale). Port-au-Prince : Éditions des Antilles, 1993 ; Paris : Jean-Michel Place, 1998.
 Adjanoumelezo (spirale). Port-au-Prince, 1987.
 Les Chevaux de l’avant-jour (poésie). (1966) Version revue et corrigée, in : Dérives 53/54 (1986/1987) : 41-86.
 Fleurs d’insomnie (spirale). Port-au-Prince : Deschamps, 1986.
 Zagolkoray (spirale). Port-au-Prince, 1983.
 Les Affres d’un défi (roman). Port-au-Prince : Deschamps, 1979 ; Paris : Jean-Michel Place, 2000.
 Ultravocal (spirale). Port-au-Prince : Imprimerie Gaston, 1972 ; Paris : Hoëbeke, 2004.
 Mûr à crever (genre total). Port-au-Prince : Presses port-au-princiennes (coll."Spirale"), 1968 ; Port-au-Prince : Éd. Mémoire, 1994. Bordeaux : Ana Éditions, 2004.
 Chevaux de l’avant-jour (poème). Port-au-Prince : Imprimerie Gaston, 1965.
 Vigie de verre. Port-au-Prince : Imprimerie Gaston, 1965.
 Mon côté gauche (poèmes). Port-au-Prince : Imprimerie Gaston, 1965.
 La Marche (poèmes). Port-au-Prince : Éditions Panorama, 1964.
 Au Fil du temps (poèmes). Port-au-Prince : Imprimerie des Antilles, 1964.

 

Un pari sur le futur de l'écriture hybride transphonique / francréolophonique / schizophonique / transgressive, avec les risques majeurs d'un enjeu global, la prise en charge d'un métissage total / anti-totalitaire, parce qu'excluant toutes les formes de dogmatisme, de terrorisme et d'intolérance.

Une ouverture sur la vérité, lieux de jonction où s'articulent l'imaginaire et le réel.

Un voyage tourmenté à travers des paysages imprévisibles.

Une aventure littéraire insolite avec une dimension ludique fabuleuse.

Un jeu graphique varié mettant à profit la rationalité rigoureuse de l'étymologie et la sensualité musicale de la phonologie à l'intérieur du texte.

La permanence du dire subversif et de la parole dissidente.

La dynamique du jeu subversif / collectif à travers les va-et-vient du je au nous.

La dialectique de la mémoire éclatée dans le fonctionnement du paradoxe : solitaire / solidaire.

Dire textamenaire,
*

Affronterais-je de nouveau ma solitude ? Sur ma table de travail, elle me regarde écrire. Tout près de moi, la bouteille de Marie-Brizard, au fond de laquelle gisent les sédiments de l’anisette. Liqueur 25 degrés. Bordeaux. Maison fondée en 1755. Sur ma table, un tapis rayé bleu, le miel rachel, le pansement gastrique sédopeptine qui supprime les aigreurs, le tire-bouchon de bronze, l’oreille d’une tasse écoutant mon soliloque, un amas de cendre. Au fond, j’ai vieilli tout seul dans le polyèdre.

*

Qu’est-il advenu de nos souffrances amassées pour la guérison et le salut ? Nous ne savions pas qu’il était si facile de se leurrer. Nos meurtrissures demeurent aussi vraies, aussi profondes que nos espoirs.

*
Si tu veux vraiment mourir
commence par te taire.
Mais si tu veux vivre
parle
parle plus fort que le fracas de ton corps.
*

Le chant du cratère. Ma bouche de volcan. La violence au quart de mot. En premier lieu, il importe de résister pour ne pas être entraîné vers les pôles glacés du silence. Il n’y a de pire énigme que celle des bouches cousues.

*

Chaque jour, j’emploie le dialecte des cyclones fous. Je dis la folie des vents contraires. Chaque soir, j’utilise le patois des pluies furieuses. Je dis la furie des eaux en débordement. Chaque nuit, je parle aux îles Caraïbes le langage des tempêtes hystériques. Je dis l’hystérie de la mer en rut. Dialecte des cyclones. Patois des pluies. Langage des tempêtes. Déroulement de la vie en spirale. Fondamentalement la vie est tension. Vers quelque chose. Vers quelqu’un. Vers soi-même. Vers le point de maturité où se dénouent l’ancien et le nouveau, La mort et la naissance. Et tout être se réalise en partie dans la recherche de son double. Recherche qui se confond à la limite avec l’intensité d’un besoin, d’un désir et d’une quête infinie...

Frankétienne
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Lundi 28 janvier 2008

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Né en 1949 à Montréal au Québec. Après des études universitaires en mathématiques à l’Université du Québec, il a poursuivi une carrière de compositeur instrumentiste. Depuis 1982, il se consacre à la peintre

L'Art de Michel Madore est au cœur de la création contemporaine, dans la plus forte et la plus vraie densité. Il détruit l'apparence du corps narcissique pour faire surgir l'âpreté du trait, l'infinie résistance de l'être aux agressions de l'existence.

Chez Madore, le trait n'enferme jamais. Il libère tous les possibles du visage et dans ces visages innombrables, couve une trame sacrée. L'infime du trait dégage l'horizon de l'être, puis un autre et un autre encore.

Art d'effacement où disparaissent les surfaces trop précieuses. Art d'intériorité secrète où se déploie la plus extrême sensibilité. Chez Michel Madore, tout fait signe. Pas d'immobilité mais la vitalité renouvelée de l'élan créateur.

La couleur vient par surcroît, en atmosphère d'oubli. Elle se dépose avec tact, comme à regret, et l'implacable présence des profondeurs surgit, blessant la frêle surface du papier.

La peinture de Michel Madore est une peinture contemporaine. Une extrême exigence, faite de vive rigueur et d'austérité dépouillée dans la ligne de Michaux, de Music ou de Tal Coat, creuse son œuvre fluide, nuageuse et crue, à la fois effacée et provocante.

Christophe Noorbergen,
écrivain et critique d'Art


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www.michel-madore.com/madore.jpg

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