Que faire ?

Publié le par la freniere

Que faire dans un monde peuplé de plus en plus de faux prophètes, de vendeurs de pétrole, de djihadistes qui s'aiment mieux en assassins qu'en hommes. Je n'aime pas le goût de l'argent. Tous les banquiers se lèchent un doigt après l'avoir passé dans le trou de cul de chacun ou passer un sapin dans l'anus du monde. Ceux qui croient en dieu ne respectent pas les hommes. Ceux qui aiment l'argent ne respectent pas la terre. Ceux qui vivent sans questions ne répondent plus de rien. Ce qu'on exclut de la beauté ne sert qu'à souffrir. Ceux qui n'en mènent pas large peuvent mourir idiots sans devenir des cons. L'enfer de l'enfance vaut souvent mieux que la routine des adultes. À défaut de croyance, je m'offre un coup de gueule au bar des métaphores. Il faut redonner à l'esthétique sa fonction éthique, poser ses lèvres au bord du vide. Je sculpte des paroles dans le silence des choses. Je touille de la langue le bol de l'univers. Il suffit d'une caresse pour que le chaos se retourne comme un gant, redevienne un galet, un mot entre deux autres, un grand verre d'eau fraîche.

 

Ce matin, de grosses larmes de boue tachent mes pages. Des hommes debout sont morts, un crayon à la main. Les intégristes religieux ont peur de la liberté.Il ont peur des femmes. Ils ont peur des autres. Ce sont eux qui souillent avec du sang le nom des dieux. Ce sont les lâches qui meurent un fusil à la main. Il est inconcevable qu'un cœur de mère prennent les terroristes pour des martyrs. C'est quand ils sont vivants qu'il faut aimer les hommes. C'est surtout quand ils aiment, et non quand ils haïssent. À l'origine était l'argile, non pour en faire des statues, mais un grand bol à partager. Il fait nuit noire sur le monde. Il faut réveiller la lumière dans la tanière aveugle, ramener la paix dans les essaims sauvages, façonner une main pour toucher ce qui manque.

 

Les fleurs bleues qui émergent au milieu des néons survivent au néant. Il faut croire au miracle. Mieux vaut rester vivant en transgressant les lois que de vivre à genoux en respectant les normes, une liberté de penser qu'un enchaînement de faits. Mieux vaut se perdre quelque fois que de suivre une ligne droite. Trop de choses me barattent le cœur, mes phrases montent en crème et mes images en graines. Big Brother a réussi à transformer le bien en son contraire. La démocratie devient une dictature, les syndicats des repaires de brigands, les gouvernants des larbins à la solde des multinationales. Les impératifs économiques ne sont que des abstractions qui nous obstruent la vue. Un frigidaire rempli de produits chimiques est une absurdité à côté d'un jardin. Il ne faut pas confondre le bien-être avec l'aliénation consumériste ni le bonheur avec le char de l'année. Il faut déloger l'hommerie pour laisser place à l'homme. Ceux qui poussent une brouette au milieu de l'autoroute vont peut-être plus loin que les motorisés, du moins s'interrogent-ils sur le sens de la vie. Il m'arrive d'atteindre les nuages avec un vieux solex, de rouler sur la mer, de transporter le monde.

 

La langue ne sert pas qu'en paroles même si les mots sont utiles. D'un autre côté, les mains aussi peuvent parler. Je ne me considère pas comme un véritable écrivain. Je resterai toujours un gosseux de mots. Tout me vient par mottons. J'écris encore au fil à plomb, sans compas ni laser. Je trempe ma langue dans la soupe avant d'écrire une phrase. Je m'entête. Je remplis mes poumons, mes veines, mes cahiers. Je mords mon crayon avant d'écrire du côté gauche. À ma première journée d'école, une sœur m'a écorché la main sur un mur en stucco parce que je refusais d'écrire de la main droite. Je suis revenu à la maison la main gauche en charpie. Je l'ai gardée saignante pour écrire à ma façon. Des gouttes rouges perlent encore dans les bavures de l'encre. Au base-ball, je lançais et attrapais de la même main. On me mettait le plus loin possible dans le champ, là où personne ne frappe jamais. Je préférais compter les nuages et les brins d'herbe au lieu de lancer la balle à deux pieds ou de la recevoir en plein front. C'est ainsi que j'ai appris à parler à mes deux pieds, probablement comme un gardien de buts à ses poteaux.

 

On m'a brisé l'épaule pour ne plus que j'écrive. Le sang de la douleur irise les escarres où s'accumulent des images. Le silence en suture les lignes. Ça élance comme un poème qui veut naître. Je dois mettre une attelle aux idées qui s'écartent, aux os qui s'écartèlent, aux mots qui s'ankylosent jusqu'au rebord des lèvres. Les muscles s'atrophient autour des cordes vocales. Il ne faut pas confondre la souffrance, qui est métaphysique, avec la douleur, beaucoup plus terre à terre. Une dent qui élance, une lèvre qui saigne, ne parlent pas à l'âme. Je cherche une façon d'écrire sans que le corps en souffre. Un genou en angle su un genou plié me sert de lutrin où poser mon cahier. Je ne suis qu'un nain dans une école de géants, l'effort d'un brin d'herbe pour affronter la mort, le poil roux des écureuils dans la crinière des forêts. Je cherche un lieu où poser les pieds, trois petits pas comme un point de suspension, les bras levés comme des parenthèses, une corneille interrogeant le ciel, une question sans réponse, le combien mettant les nerfs à vif, le comment faisant la mise scène, le parce que prenant des raccourcis. On aura beau mettre un code barre sur la jaquette d'un livre, la poésie est tout sauf un commerce.

 

Ce que j'aime dans les livres, ce sont surtout leurs défauts. Je me méfie des réussites. Elles ratent souvent la cible en ne visant qu'elles-mêmes. Sur le long bras de la route fourmillent des autos. Cette ruche d'acier et de pétrole ronge de plus en plus la terre. Deux ou trois collines semblent tenir le lac dans leurs mains. Sous leur poitrine de pierre, le sang des Indiens morts fait battre le tam-tam en souvenir de l'âme. Les prières aujourd'hui s'adressent aux guichets de banque. À chaque jour sur le lac, le huit des patineurs s'amenuise un peu plus, la glace étant rongée par les chenilles des skidoos. D'affreux couacs de moteur ont remplaçé Le Beau Danube bleu Mon agresseur s'est trompé de bras. Le fait d'être gaucher m'aura sauvé la mise. Me revoici encore une plume à la main à radoter la mort des plantes, des insectes et des hommes. Chaque mot me fait mal, mais porte un poids de vie. Si l'on ne guérit pas de la mort, il faut tenter de vivre le mieux possible, retrouver la bonté, l’empathie, la tendresse. C'est à ce prix qu'est la survie de chacun. Rayons d'un trait l'économie, respirons par le nez, de la sueur à la vanille, de la peau douce à la couenne dure, de l'humus à la neige.À ralentir travaux, j'aurais préféré traverse de tortues, passage des fées, début de l'arc-en-ciel,un balai de sorcière dans un rack à vélos, une vieille mémé retrouvant le sourire dans une cour d'école, l'apparition d'un chêne dans une cour à scrap, l'arrivée des semis chez Rose Latulipe. Il n'y a pas d'éternité sans perte de temps. Ça élance parfois dans le cou du papier. Trop de mots grattent sous la peau. J'attends que la suture tienne bon pour en faire des phrases un peu plus cohérentes. Pour le moment, l'encre bêle comme elle peut dans la laine des images ou le lainage des nuages.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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mangeur mangé d’illusions (poème d'anonyme - non daté)<br /> <br /> <br /> Cantonné aux pavés de bleusaille un mangeur d’illusions<br /> en plomb blouse<br /> <br /> tel un moteur sans chevaux<br /> à la solde de tout contre<br /> <br /> muré à l'intérieur de réalité négative<br /> <br /> cueille à toute heure les illusions qui se traînent<br /> à la pelle-teuse à la truelle creuse<br /> par les ruelles rebelles<br /> <br /> il se dépense ainsi argent comptant<br /> causant à tort à travers<br /> comme le font ces rêveurs de forains<br /> à la petite semaine<br /> bons à rien aux semelles<br /> sert à rien et puis rapporte rien que des ennuis à la société<br /> <br /> y a qu’à se concentrer sur les mots qu’il faut<br /> les mots utiles ça suffit comme ça<br /> <br /> un faux maçon<br /> Chef de travaux<br /> derrière ses murs bureaucrates<br /> architectes de prisons<br /> sans travers<br /> sans un son<br /> monte bien droit des murs<br /> de cloisons<br /> fermés de briques<br /> soudés par des barreaux<br /> avec du ciment gris autour<br /> pour imperméabiliser la vie<br /> de la ville<br /> sèche<br /> à un niveau<br /> tout à fait à plat<br /> tombe sous le sens<br /> à limiter<br /> <br /> montagnes russes<br /> mises en ligne<br /> on joue des ordres durs<br /> roulettes<br /> <br /> la terre est plate<br /> comme une image<br /> ça marche, ça marche tant que ça marche…<br /> Peut-être ça roule, si ça tombe<br /> à la fin.<br /> <br /> Circulations autour d'un manage ring<br /> Vent cratère