Le cercle de l'arbre

Publié le par la freniere

La vie. Le cercle de l’arbre. La vie spiralée à la campagne où il arrivait que les puits se taisent en ces journées salivaires de grandes chaleurs qui n'en finissent pas. Ça va finir! Les saisons s’entretiennent les unes les autres, se succèdent en poupées russes invisibles, remuant parfois le radical palimpseste, l’insupportable en filigrane, bardassent sans cesse le sol raviné aux mille sexes assoiffés qui germent et germinent sous le Soleil de la Terre. Enfin une pluie battante à l'horizon! Mais voici venir déjà l’automne. La prévision ultime. En ce temps-là, Doloré, mon père, faisait de la conjugaison au champ avec son cheval le plus musclé, attelé, maniant de ses bras veinés la charrue, jurant, suant, mettant le feu aux pierres qui jaillissent et roulent sous le socle. Traceur de sillons pour amadouer le ventre. Allers-retours comme les vers d’un vaste poème masculin dans la signature éphémère et bouleversante des êtres. Penser à plus tard avant le gel. Semer en mai. Espérer le bon vent. Silence. La douceur.

Mesurer la rudesse traversant la poussière des travaux et les jours fut la première leçon aratoire retenue par la bagatelle de mes yeux. Ruralité sonore, comme rivière millénaire. À l’air libre. Si concrètement portageuse. L'inoubliable dépassé.

Et voilà l’enfance de l’art comme révélée, malgré tout.

 

Jacques Desmarais

Publié dans Poésie du monde

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