Ils ont dit

Publié le par la freniere

Bonne vieille race obstinée des hommes : toujours prête à tout recommencer, à remettre ça. Se raser, cirer ses souliers, payer ses impôts, faire son lit, faire la vaisselle, faire la guerre. Et c'est toujours à refaire. Ça repousse toujours, la faim, les poils, la crasse, la guerre. Et des monuments poussent sur les places, des noms poussent sur les monuments. Il en repousse toujours, des noms. [...] Qu'on les colle seulement à un portillon de métro, les duchesses de Marcel Proust ou de Balzac, qu'on les mette à faire des trous dans des bouts de carton toute la journée pendant huit heures, et tous les jours, du lundi au samedi, et on verra bien ce qui en restera de leurs drames distingués. On n'aura plus à d'écrire que de la fatigue et des varices, des notes de gaz et des démarches à la mairie. Pas très romanesque, tout ça. La vie manque de romanesque quand on est obligé de la gagner. Elle n'est plus que ce cheminement pas à pas, jour à jour, sou à sou, peine à peine. Ça s'étire, ça s'effiloche, ça pendouille de partout. Sans commencement, ni fin ni forme. On n'a pas de drames, nous autres. On n'a que des ennuis, des embêtements. Et à peine le temps d'y penser.
 

Georges Hyvernaud

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