Nous nous tairons un jour

Publié le par la freniere

Oui nous nous tairons
un jour
oui depuis le début
je dis que les mots nous cachent des choses
mais il faut bien convenir
que le chant nous habite
et que, comme les oiseaux,
nous aimons gazouiller

Et parfois, oui, nous rugissons
comme un lion en cage
nous voudrions qu’il y ait des griffes
au verbe, du cœur au ventre,
de la mitraille dans le crachat

Mais gazouillis ou rugissements
nous ne sommes que des hommes de passage
au prise avec un langage à peine mieux
que le morse

Certains d’entre nous sont touchés
par la grâce et l’éloquence
par la fureur et la patience
et vont plus loin sur le chemin
de la solitude

Mais qu’est-ce à dire tout de même
tout ce cirque et cet amour
chanté de toutes les façons possibles
si notre humanité fait la sourde oreille

Les hommes de bonne volonté sont hachés menus
Et il ne reste qu’une sandale à l’espoir
au bord de ce volcan qui régurgite sa folie

Oui ce sont de bien pauvres mots
Un chant fier et courageux
Nous avançons tant bien que mal
Et pourtant les poètes n’ont jamais été
plus utiles que dans cette nullité :
notre humanité à la dérive

 

Guy Marchamps

Publié dans Poésie du monde

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