Le scandale de la vente Rona

Publié le par la freniere

Un autre fleuron de l'économie québécoise, Rona, passe aux mains des Américains. Après la vente de Provigo, celle d'Alcan à Rio Tinto, pour ne nommer que celles-là, voilà que Rona subit le même sort avec la bénédiction du gouvernement Couillard: "Nous sommes pour la liberté économique, pas question d'ériger un mur entre le Québec et les investisseurs étrangers!" a déclaré le premier ministre Couillard, façon de nous dire que son gouvernement n'a qu'une préoccupation: celle des marchandises, au détriment de ceux et de celles qui, chez nous, les fabriquent et les mettent sur le marché.

Or, nous savons tous que lorsque les grandes entreprises étrangères mettent la main sur nos entreprises, les décisions ne se prennent plus chez nous, mais ailleurs. Je vais vous en donner un petit exemple, dans un domaine que je connais, celui de l'édition. Les magasins dits de grandes surface vendent tous des livres québécois, profitant de remises spéciales afin d'offrir les ouvrages qu'ils mettent dans leurs magasins à un prix inférieur à celui des librairies. Ces magasins ayant leurs sièges sociaux à Toronto, c'est là que se prennent les décisions, c'est là qu'on choisit les ouvrages qui entreront dans leurs succursales québécoises. Comme éditeur, je me trouve entièrement à la merci des "décideurs" torontois, ce qui revient à dire que, sauf exceptions, vous ne trouverez pas nos livres dans ces magasins-là.

Mais il y a pire encore: dès qu'ils s'approprient l'une de nos grandes entreprises ou dès qu'ils s'implantent chez nous, ces investisseurs étrangers mettent fin à leur implication sociale dans le milieu où elles se trouvent. Par exemple, depuis que le Cirque du Soleil a été vendu à des intérêts étrangers, leur implication sociale s'est réduite comme peau de chagrin, comme c'est le cas au Saguenay-Lac-Saint-Jean dans le cas de Rio Tinto. Commandites et aide aux entreprises culturelles et aux classes les plus défavorisées de la société ont fondu comme neige au soleil, obligeant plusieurs organismes à fermer leurs portes.

L'an passé, dans le cadre de notre campagne de financement, je me suis adressé au Wall-Mart de Rivière-du-Loup qui engrange des millions de dollars de profits chaque année. Imaginez! Je me suis fait répondre par la directrice des commandites et de l'implication sociale que le budget annuel de l'entreprise pour ces deux activités-là était de 1 000 $... et que ce 1000 $ était évidemment tout dépensé! Un budget de 1 000 $ pour une entreprise qui fait des millions de dollars de profits à cause de nous, si ce n'est pas rire du monde, je me demande bien ce que c'est!

Ce que je ne comprends pas, c'est notre hébétude face à cette économie capitaliste sauvage dont le gouvernement Couillard se fait le champion tous azimuts. Ce que je ne comprends pas, c'est que nous, Québécois, nous ne cessons pas de courber la tête, voire de nous mettre à genoux, devant cette mafia qui est en train de détruire le tissu culturel et social de notre société. Allons-nous nous réveiller enfin et rapidement, avant d'être complètement désaintciboirisé dans ce qui devrait faire notre différence en ce continent - être maîtres chez nous? Attendons-nous d'être devenus les esclaves sans recours d'un système qui annonce notre annihilation - ce qui semble être la politique du gouvernement libéral de Monsieur Couillard. Ah que celui-ci porte bien son nom!

Oui, je suis en état de grande fâcherie ce matin. J'espère que vous l'êtes autant que moi, j'espère que vos limites ont dépassé le seuil de la patience! N'est-il pas grand-temps, ostie toastée des deux bords?

 

Victor Levy Beaulieu

 

Publié dans Glanures

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article