Le ciel est amoureux

Publié le par la freniere

La lumière est une femme. Elle se colle à la nuit, à ses grandes mains d’homme. Le vent qui couche à terre des érables encore jeunes et pousse des rivières sans aucun ménagement soulève doucement le corsage des fées. Du bruissement des fougères au craquement des poutres, il passe du rire aux larmes comme un enfant perdu. Les arbres sont des livres pour le regard du ciel. Des légendes inconnues se cachent dans les feuilles. Le trou des écureuils est une bibliothèque. Le gland sous son écale porte un sens caché un peu comme ces phrases dans les biscuits chinois.

 

La pluie est une brume où le regard se perd, un territoire vierge où l’on sème des îles, une gorge d’eau claire où l’ombre se dilate, une gorgée de vin qui brise le cristal. La pluie est une bête qui urine partout, une grotte à l’envers. C’est la langue du froid. Le vent est un chevreuil, un cheval, un gitan. Sa bouche est un feuillage. Les femmes entre leurs cuisses en quêtent le frisson. L’écriture est un sexe entre les lèvres du papier.

 

Le ciel est amoureux de toutes les fenêtres. Quand les orages dorment dans les sources cachées, quand les nuages rentrent vides bredouillant des excuses, le soleil en profite. La lumière se fait belle et la terre l’accueille dans ses bras d’orge bleu. Ils font l’amour tout un été mais l’hiver vient vite. Sous son costume de neige, il cache un uniforme, un profil de couteau. Le ciel a la mine basse des élèves punis.

 

Si l’âme existe, elle ne porte aucun nom mais les yeux des oiseaux la regardent en chantant. L’invisible est une âme, le cœur du mouvement au cœur de l’immobile, les vagues en attente sur une mer étale. Elle est un bout d’atome plus vaste que l’amour. Le trou dans le ruisseau est une femme ouverte. Je m’enfonce dans l’eau et ne veux plus sortir. Les rives sont un homme. Les vagues sont une femme, une mère, une mer. Je m’offre tout entier de la tête aux pieds,  du sang jusqu’aux viscères, de la sève aux oiseaux, des ténèbres au soleil, de la verge au poème.

 

Les arbres du verger sont une maison de fruits, un cinéma d’oiseaux, un bal pour les feuilles. Le vent, ce radoteur, n’entend pas sous l’écorce le rire de la sève. Il n’écoute jamais les racines chanter dans le cloître d’humus, la messe des fourmis sous l’église de pierre. Les pissenlits lèvent leur jupe et pissent leur laitance sur la terre assoiffée. Le vent marche sans pieds jusqu’au bleu des chardons. Le vent n’a plus de corps. Le vent n’a plus de feuille. Il dessine les arbres.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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