Brume

Publié le par la freniere

Me faudra-t-il hurler comme une chienne à la mort?

Les oiseaux boitent dans le smog des villes

et les poissons se noient dans une mare de pétrole.

Tous les égouts mènent à la mer

et les mouettes au dépotoir.

Accroupi dans les bruits, j'écris sur du bois mort.

À l'écoute des herbes, j'étudie le miracle.

La santé est mal vue dans un monde de malades.

Je marche dans les ruines

où les chiens policiers traquent les anarchistes.

J'accompagne les mûres dans leur habit de ronces.

Je porte dans la voix des chemins insoumis.

Je sème dans la nuit le blanc des cerisiers.

J'avale des contre-ut sur une portée aphone.

Je regarde le monde avec des yeux d'enfant

sur un nid de paupières.

Je dépiste l'immonde derrière les apparences.

Sur la Carte du Tendre le sang

coule sans cesse d'une blessure béante.

Empalée sur un cou, ma tête pousse un cri.

Je dessine un radeau dans le sillage des naufrages.

On entasse des milliers d'émigrants

dans des camps sans latrines.

À chaque fois qu'on tue,

qu'on abat, qu'on torture,

je soulève le monde avec des bras cassés.

Je peux toucher la mort

avec la main qui manque.

On a planté partout des barreaux immobiles.

Les balles en caoutchouc qu'on tire sur la foule

peuvent crever des yeux.

Les têtes qui cognent contre les murs

ont perdu la langue entre la douche et la seringue.

On porte tous sous la peau une tête de mort.

Des idées noires se mêlent aux poèmes oubliés.

Loin des injures et des commandes, i

ll y a des mots qui font du bien.

J'apporterai des rames aux barques insensibles.

 

jml

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