Brumes industrielles

Publié le par la freniere

Brumes industrielles

Les jardinières aux jonquilles cœur de Volcan en béton armé éclaboussent de bleu le jaune des cheminées
De la brume ou du souffre des cavaliers métalliques navires à quai en pleine ville se diluent d’impressions en soleil
Le Levant au bout de la digue s’éveille sur les ailes des goélands transatlantiques.


 

***

J’ai décroché tous les tableaux qui ornent la nuit
Sans abat-jour, elle me brûle les yeux
J’ai éteint tous les livres qui chantent la vie
Sans rythme, elle me rend sourd
J’ai gommé tous les bleus qui colorent la mer
Sans nuage, elle a un goût de fiel
Et lorsque l’Etoile sans sourire nargue le crépuscule
De son œil de lune, la musique reste aphone


 

***


 

Quelques pétales rouges dans la gouttière effeuillent le zinc d’un toit parisien
Ses larmes grises s’évaporent des ardoises qui couvrent la Seine
Sous un pont aérien
J’ai vu un chat assis sur un coquelicot


 

***


 

Les cendres bleues du petit matin
Dans les paupières d’un lac asséché
Scintillent sur la colline
Les corbeaux bleus du mois de janvier
Dansent sur les branches endormies
Des ombres malines


 

***


 

J’ai des ancêtres aux yeux rouges
Dans les cendres de mes peines
J’ai de la terre au goût amer
Dans ma bouche en décomposition
J’ai de la sueur de lait caillé
Dans les trous de mes veines
Et les pierres à mes poignets
Comme le goudron sous mes pieds
Arrachent les ailes des libellules


 

Yann Dupont


 


 

Brumes industrielles

Publié dans Poésie du monde

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