L'essentiel

Publié le par la freniere

L'essentiel est très peu, vous n'imaginez pas. Moins épais que l'aile d'une libellule, que la lumière éclairant votre parole. Moins lourd qu'un murmure, la nuit, le long d'une rivière, murmure de l'eau entre les pierres. Murmure de la nuit dans la nuit. On a beau me raconter n'importe quoi, m'offrir en partage les idées les plus savantes, mon cœur ne croit qu'en une chose, invisible, impalpable, fuyante, insaisissable, qui nous laisse sans mot. Une chose dont je tairai le nom car il est trop grand, trop beau et, en cela, si naïf. Je tairai ce nom infini qui hurle à la folie dans mon sang. Il ressemble à ces êtres que l'on croise dans les vastes parcs des hôpitaux, assis ou déambulant, chantonnant ou silencieux comme des momies. Ils n'ont tracé aucune route pour leur vie. Ils recherchent un chemin à tâtons, dans les ténèbres. En cela, je leur ressemble. Je remonte à grand peine du fond d'un puits et seul me guide ce rond de lumière au-dessus de mon crâne, cette trappe d'azur, ce bleu grâce auquel j'espère et j'échappe.


 

Joël Vernet

 

Publié dans Poésie du monde

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