Le silence

Publié le par la freniere

On ne s’habitue jamais au silence. On ne se lasse pas de ce pouvoir sur soi- même. Ceux qui ont ce silence et ce pouvoir sont les vrais vivants; ce sont eux les vrais vivants; ce sont eux qui parlent, eux qui inventent la vie. Ce sont eux qui s’habitent et ne se quittent pas. Leur règne n’est pas le désir de conquête, ils ne cherchent pas à séduire ni à juger. Ils sont eux- mêmes, totalement, simplement, comme les arbres sont des arbres et la lumière est la lumière.
 

Comme ils sont beaux, et magiques, ceux qui sont mêlés à leur propre secret. Alors en eux il ne devrait plus y avoir d’ombre, ni de doute. En eux il n’y aurait plus que cette incandescence, ce cœur créant toute pensée et toute action. Ils ne sont pas aimés, ni préservés. Leur silence n’est pas un moyen de se défendre. Ils ne s’isolent pas, ils ne construisent pas de remparts contre l’étranger. Mais ils retiennent leur vie, ils retiennent leur eau, car elles seront plus belles.
 

Ils savent que cette force intérieure est une parcelle de la force commune. Elle ne leur appartient pas, elle n’est pas une monnaie pour être intéressés dans le commerce de la société humaine. Elle n’est pas un moyen d’affirmer son existence ou son identité. Non, mais naturellement cette force leur a été donnée. Cette pensée, cette chaleur, ce silence leur ont été donnés. Alors, ils les gardent.

J.M.G. Le Clézio

Publié dans Poésie du monde

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