Les digitales

Publié le par la freniere

Me voici dans l'aube sur le seuil des Bois Noirs. À respirer dans la fraîcheur et l'ombre l'odeur des fougères. À effleurer les digitales retrouvées. Ces fleurs-là aussi je les aime, bien qu'elles soient plus massives, moins aériennes et lumineuses que les épilobes des blés.. J'aime la belle couleur de leur corolle, leur taille élancée, leur campanule pourpre, en forme de doigt de gant (d'où ce nom de digitale ou gant de Notre-Dame) et cette tige pubescente, autrement dit couverte de poils fins. En fait, ces fleurs si attirantes sont un violent poison. À faible dose, elles tonifient le cœur. À haute dose, elles sont mortelles ou en tout cas très dangereuses. Je me penche vers la corolle séductrice, appât de mort, constellée d'étoiles d'or en ses profondeurs utérines. On se croirait au cœur d'une chapelle où bourdonne déjà le tocsin des insectes. Sont-ils immunisés contre le poison de la plante? À côté, la rosée perle sur les feuilles. Entre deux d'entre elles, une minuscule araignée achève de tisser sa toile. Ainsi, ici, tout n'est que piège, beautés trompeuses, machineries mortelles. En ces corolles si séduisantes guette dans l'aube une mort empourprée.

 

Jacques Lacarrière

Publié dans Poésie du monde

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