Michel Butor

Publié le par la freniere

Notre Butor

Notre Butor

Le parcours de Michel Butor est un processus lent, multiple et complexe. Simple tout autant. Son œuvre, ou plutôt la constitution de son écriture comme œuvre, c’est-à-dire sa progression de livre en livre vers sa propre vérité, a dérouté. Il est indéniable que l’on se trouve devant un malentendu. Après quatre livres en apparence identifiables et aisément étiquetés sous le label du « nouveau roman » (malgré tant d’indices déjà contradictoires), voilà qu’une publication assénait l’évidence : Butor n’était pas un romancier, fût-il dit « nouveau », mais un poète.Mobile : Étude pour une représentation des États-Unis fut, en 1962, cette insurrection, ce rappel, cette découverte de la disponibilité de la page et de la variabilité de la langue. Par ce livre, une identité se désignait dans toute sa différence. Point de départ merveilleux qui, en son temps, provoqua autant le scandale que le silence. Ce livre était on ne plus essentiel, il notait une bifurcation, et c’est à très juste titre que Jean-François Lyotard pouvait, en 1979, dans La condition postmoderne, le considérer comme « une expression littéraire désormais classique » de cette culture postmoderne qu’il s’efforçait de définir.

Au prix de hardiesses jamais gratuites (jeux des caractères et des corps, étirement et chevauchements des phrases, variations et reprises), dans un rappel de Mallarmé, d’Apollinaire et de Cendrars, dans un défi de la parole à la musique comme à l’art, cet assemblage, ce kaléidoscope, qui n’est jamais aussi qu’un hommage à Calder, mais qui est autant le ciel irréalisé de Mallarmé redevenu un ciel réel, cette suite de murmures, de rumeurs, de paysages, cet hymne à l’ampleur du quotidien confondue à la vision, se propose à la lecture comme un oratorio ou une toile emplie de graffitis. Il est la haute relation d’un éparpillement qui se restructure à même sa dissémination ; sachant le mimer, elle le redresse et lui confère son rythme sans le soumettre au démon de l’unité.

Yves Peyré

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