Une brocante sensible

Publié le par la freniere

Certains hommes ont un étrange toc. Ils ont peur des termites. Ils rêvent d'un endroit où il n'y a rien de naturel, un lieu sans arbres, sans capotes organiques et sans cure-dents de bois, un paradis de verre aux jardins transgéniques, aux fromages en plastique sur une table en métal. Je préfère de mon côté une brocante plus sensible, latin d'église et vers de mirliton, gospel et chants de coton, vieux blues déglingués, la comète de Haley et les étoiles filantes. Je traîne avec moi un seau d'ombres et de mots. Que faire quand l'homme rompt ses chaînes pour en forger de nouvelles, troquant la naïveté pour la bêtise, un dard d'abeille pour une kalachnikov, l'empathie des fleurs pour la froideur des choses, la curiosité des enfants pour l'anémie cérébrale des adultes. Trop de poètes se taisent. Les griffes se rétractent quand on castre les chats. À quoi peut-on se fier lorsque tout se dérobe? La vie se cache derrière des parpaings. Les murs se couvrent d'illusions qu'un tag de révolte illumine parfois. Dans leur détresse de déments, les psychopathes montrent les dents. Les travailleurs montrent leurs bleus. Les femmes montrent leur cul. Zombies et revenants s'agitent dans la foule, là où les anges copulent avec les hommes, les vieux satyres avec les midinettes. Les personnages de Bilal se croisent au Fond Monétaire International. Il ne faut plus penser, mais surveiller les promotions. Parlant d'économie, un vrai sang coule de ma plume. J'apostrophe les ombres. Je darde l'amertume avec des pointes d'humour. Je me raccroche aux brins d'herbe entre les craquelures du béton.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

Publié dans Prose

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