La légende de Tristan Cabral

Publié le par la freniere

La légende de Tristan Cabral

L'ami Tristan Cabral me manque; sa folie contagieuse; ses visions sur l'échelle de Jacob et ses larmes qui explosent comme des éclats de rire contre tout ce qui nous sépare et nous expose au règne des assassins. Il est depuis des mois dans un hôpital de Montpellier. Il n'en dit guère plus à part peut-être "une opération de l'oesophage sans gravité". Il me demande des nouvelles du pays; se souvient de l'Avenue Florida à Buenos Aires où jadis il avait croisé Borgès en compagnie de son compagnon de l'époque. Comme j'aimerais aujourd'hui lui faire découvrir ces univers polyphoniques où je rajeunis de jours en jours; sommeils brefs, yeux et sens en alerte. Les voyous sont beaux à Buenos Aires, les poètes s'adressent au peuple;, au ciel et à la terre. Les femmes brûlent d'une beauté intérieure sans affectation, elles ne font rien pour séduire sinon vous transpercer d'un regard aiguisé. 
Mon ami, ta dernière lettre m'a tellement réjoui mais aussi empli d'une tristesse profonde. Le poème est un pont; un rendez-vous certain où ne manquons jamais de rien.


 

La légende de Tristan Cabral (extrait) :

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Tristan Cabral tout de noir vêtu de la tête aux pieds
sous un ciel d'apocalypse flamboyant
ouvre le livre des Heures de de la nuit profonde 
lui seul sait déchiffrer les ouvrages du sang 
les hautes dérives dévorantes du temps 
Chevrier des Cévennes dans les maquis de l'âme humaine
prophète halluciné au milieu des bûchers de Montségur 
je l'ai rencontré sur mon chemin ardent de Palestine, 
moi-aussi je n'étais qu'un enfant complètement déboussolé

Dans une autre vie je l'ai retrouvé à Istanbul 
en compagnie de Nazim Hikmet
ils fumaient assis côte à côte un narguilé parfumé 
sous les poutres de métal du pont de Galata 
en se saoulant de poésie et de thé fort

Il me donnait des rendez-vous fabuleux 
parmi les ruines de la vieille Europe 
Partout où des victimes se tordaient de douleur
il n'avait de cesse de dénoncer les crimes
au bord des charniers des Balkans 
où pleuvaient des pétales de roses folles
dans la Grèce épouvantée des colonels 
contre lesquelles Yannis Ritsos arma "le premier mot"

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André Chenet

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