Ulysse et les syrènes

Publié le par la freniere

Pablo Picasso: Ulysse et les sirènes

Pablo Picasso: Ulysse et les sirènes

Ne suis pas de ces fils de bonne famille langoureux 
échoués sur un credo du verbe 
j'existe et me déplace entre les lignes 
ligne de vie ligne de chance ligne de front ligne à haute tension 
et quand je broie du noir je compte mes morts 
ma musique ne s'entend qu'à la lisière de l'aube 
avant que ne s'étrangle le coq rouge du réel
J'ai falsifié de fond en comble le monde 
pour lui faire rendre ses couleurs 
et j'en pince pour une ravissantes princesse en guenilles 
qui fait danser les faubourgs au son du canon
Mettre à bas les vielles morales désuètes les préjugés vaniteux 
explorer l'esprit jusque dans les moindres confins de la matière 
renverser les tables de la loi mettre le feu à la maison 
et partir quitter cette foire d'empoigne 
ce cirque Pinder où les tigres n'ont plus ni dents ni griffes 
où des théories de nains déguisées en girafes martyrisent un vieux clown sans défense
la vérité ne s'expose que lors des enterrements des êtres que l'on aime 
tout le reste n'est que de l'art pour faire bonne figure 
et si quelques poètes rébarbatifs 
brillent comme des étoiles errantes dans le non-sens du cosmos 
alors tout espoir de tomber amoureux n'est pas perdu car l'espoir c'est la vie 
comme le dit le premier imbécile aux nues ravi 
tel un bon matelot j'épisse les cordages de l'imagination 
en écoutant chanter les sirènes de mes rêves parmi les vagues vineuses d'une Odyssée.


André Chenet    Au lieu-dit des Bons Airs, le 4 Nov. 2016

 

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