Au fond de cette cage

Publié le par la freniere

Je n’entrerai jamais au fond de cette cage. Le merle gris parle du vent, et je cherche ton reflet dans ce jardin ou dans la ville. L’olivier est mouillé de cette fin d’automne, j’écris mon livre lent, désolé, comme un feu qui s’éteint. Je me suis accordé sur une note basse, en oubliant mes torches et mes rages. La guitare va s’engorger, en épongeant l’hiver. Je retarde des mots, je me plaindrai plus tard, j’aurai toujours raison. Je vais distribuer les cartes, une nuit Caraïbe, un pont de pierres dans les Alpes, un citron vert d’Espagne et la lune s’effondre. Il me faut dire quelque chose, quelques mots chauds, quelques odeurs de coquillages, un aboiement dans la saison brutale. J’ai l’écorce irriguée des ces larmes d’enfants quand je deviens un père un peu plus grand qu’avant. Maintenant, je verse dans l’hiver, le rouge gorge, épure, échappe aux dents du chat, Gaspard La Nuit rate son coup. Je tiens l’amour contre ma bouche, équilibré dans le bonheur. Les éclats du temps pourri, je vais en faire une chanson, pour une fièvre d’enfant triste, un mouvement d’eau, une ouverture du silence. Ces mots broyés comme la craie laissent des traces sur les doigts quand je deviens frileux. Il peut neiger sur la tanière, j’ai des amours enchevêtrées et moins de givre aux cadenas. Je vais déverrouiller, et débouler, et dérouiller le haut-parleur du paysage désenfumé. Je n’entrerai jamais au fond de cette cage, je ne ferai qu’attendre la peur de perdre tout un chant.

Robert Cuffi - 3/01/2011

Publié dans Poésie du monde

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