Granit

Publié le par la freniere

à la mémoire d’Essénine et de Maïakovski, assassinés par le régime soviétique.

 

Je ne suis plus qu’un homme qui dit ce qu’il est:

Je n’ai plus du tout besoin de style compliqué;

J’ai besoin seulement de quelques mots trempés dans les ruisselets

Et de quelques images, truites argentées que je prends nu-pieds.

Pour confesse: les ouvriers, les paysans m’ont tout donné.

 

Je dois à ces très grands, très purs tout ce que j'ai;

De leur âme indomptable, internissable ils m’ont armé,

Ils m’ont appris: “Sois amour, pitié, bonté;

Recherche ce qui EST, jamais ce qui PARAÎT;

Surtout ne soit jamais stalinisé.“

 

Quand un mot chante en moi, c’est qu’il voulait en eux chanter

Je ne suis pas venu pour vivre en privilégié;

J’ai la main prise dans une grande main de fidélité;

On ne peut m’apprivoiser avec des bouquets de célébrité;

Aucun moyen de mener au banquet des lettrés.

 

Les poèmes pour moi ne sont pas un banquet,

Mais manière plus sûre et plus dure de travailler.

Paysans, ouvriers, surgi de vous, aventuré

Sans rien trahir parmi les grands messieurs mauvais,

Je reste en vous granit que RIEN ne peut changer.

 

Armand Robin

 

Publié dans Poésie du monde

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