L'âme (extrait)

Publié le par la freniere

c'est cette lumière qui s'échappe par la blessure de l'être,

ce miellat nourricier,

cette chair accrochée aux bouleaux et guérissant les hommes,

ce pollen de l'air qui donne vie aux fruits,

l'énergie des fourmis qui soulèvent des pierres,

cette braise sous la cendre que tisonne le vent,

cette sève des érables que sucre la chaleur,

cette tête qui anime la main,

celle qui pousse le crayon et dessine la vie,

cette bouche du fleuve et l'appareil digestif de la terre,

ces fleurs sauvages qui s'offrent aux abeilles,

la gelée blanche des fougères,

cette pelletée de braises faisant fumer la neige,

le feu follet, la flamme, le ver luisant, l'iris versicolore,

quelques mots qui survivent à l'asphyxie du monde,

la veilleuse d'un enfant dans une chambre à coucher,

le monstre sous le lit ou dans le garde-robe,

le cri intermittent d'une chouette,

les rares bruits du cimetière,

l'enfant et son genou qui saigne,

la poupée, la toupie, l'ami imaginaire

son trésor enfoui sous la galerie,

un vieil homme errant dans sa mémoire,

un feu de branches aux airs de guitare.

 

c'est l'usure des planches et la patine des meubles,

ce bruit de l'eau dans les gouttières,

celui de l'homme dans la rumeur des choses,

c'est la course des heures,

les fleurs pressées de vivre

et celles qui tombent en poussière,

les fruits ronds des pommiers et les œufs des oiseaux,

le fouillis cellulaire d'où naissent les enfants,

la fonte des neiges dans la faune et la flore,

les germes qui s'éveillent,

la lessive bleue du ciel,

les neurones qui éclosent,

c'est l'orage et la pluie, la fulgurance des éclairs,

la bousculade des gouttes sur la tole des toits,

la rosée du matin, la couleur du couchant,

le rose insaisissable des brumes sur le lac,

l'aubier des arbres, l'aube du bois,

ces ruches, ces nuées, ces nuages qui s'emparent des yeux,

cette route montrant sa corde sous les pas,

la corne sur les paumes et le dessous des pieds,

la vue d'un fruit dans le panier d'un arbre,

c'est la semence se dévoilant pivoine,

sycomore, cyprès ou thuya,

le dès, le depuis, le toujours.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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