L'offrande au crépuscule

Publié le par la freniere

O Silence, berceau de toute chose, silence où même les galaxies se meuvent comme nefs en océan. Silence plus subtil que les voiles évanescents des déesses imaginées au coeur de l'aube.
 

Ce soir, il n'est ni tempête, ni grondement de tonnerre, ni lacération fulgurante d'éclairs, ni même d'inquiétude sur le sort de l'univers. ...
De la terre endormie, des berceuses en toutes langues se sont élevées vers les nuées, mêlées de sonorités, de parures, de gémissements, de chagrin, de félicité ou d'enfantement.

 

Et vous voici, femmes en vigilance, maîtresses des grandes germinations, vous êtes parmi nous, filles du cosmos, porteuses des cadences lunaires. .. Vous êtes racine unique nourrissant de multiples rameaux déployés sur le monde.

 

Où vas-tu ainsi chamelle solitaire au pas résolu franchissant les haies d'épineux, les murs de feu et les dunes ensommeillées de siècles ? D'horizon en horizon, sur les chemins de nécessité, ceux-là même qu'empruntent ces femmes glaneuses ou ces autres, ployées sous les fagots de bois desséchés.
 

Elles ouvrent de leurs têtes, en proues obstinées, les vastes manteaux d'inertie et se dissolvent lentement dans la patience des jours.
 

Senteur d'effort, senteur de parfums sauvages, cliquetis de parures de métaux, chocs sourds de l'ambre, crépitement de coquillages et, parmi cela, des regards de braise parfois endoloris, qui nous brûlent de leurs fugitifs éclairs...
C'est ainsi que je veux ma nature tissée à la tienne, trame et chaîne confondues sur le grand métier du destin. Car il n'est pas de complaisance dans ce chant, mais vérité du coeur. Tu es racine de vie...
 

Tandis qu'en la glèbe germent les lendemains, un sein s'exhibe d'ébène, d'ivoire, de cuivre ou d'or, pour nourrir la grande roue allant à l'avenir...

Peut-être devons-nous demander, en un dernier courage, aux femmes gardiennes de l'eau, du feu, de la terre, de la vie, de gravir les grandes éminences sacrées et faire offrande au crépuscule du reste de notre ferveur, pour que demain ne soit pas sans lumière.


 

Pierre Rabhi

emilagitana

 

Publié dans Poésie du monde

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