La lumière dans les arbres

Publié le par la freniere

Nous avons négligé le simple pour l'insignifiant, nous avons choisi l'or qui tache les mains au lieu de l'amour qui est sans prix. Nous avons choisi la haine, la rancœur, l'amertume et nous ne sommes plus que de maigres feux éteints dans la lande. Oui, je vois des incendies, des désastres partout et quelques pauvres gens qui osent encore, osent encore dire Non mais l'on n'entend même plus leurs voix perdues dans notre nuit commune. Ils viennent de très loin, éparpillés dans l'univers, ils viennent des massacres, des misères, des tortures, ils n'ont pas de nom, l'histoire les a broyés dans la grande meule de l'oubli mais ils croient encore au vent léger des mots, à cette brise de fraîcheur, à ce sursaut des reins, à cette marche pour que le soleil ne soit pas du sang sur les pierres, pour que la malédiction ne devienne une fatalité. Je les vois toutes ces silhouettes, elles viennent parfois dans ma maison, déposent la tristesse de leurs fusils dans l'âtre et je leur offre l'eau et le pain comme aux plus mauvaises heures de l'histoire quand il fallait glisser son nom dans l'ombre, cacher l'espérance dans les chambres clandestines, mordre aux ténèbres des forêts. Quand il fallait choisir l'éclair, la foudre plutôt que le séjour provisoire des mensonges, l'hilarité des bourreaux, la lâcheté des serpents. Oui, n'abandonnons pas nos sources. Ne laissons pas dévorer nos soleils.

 

Joël Vernet

Publié dans Poésie du monde

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