Sur l'hiver

Publié le par la freniere

Sur l'hiver, la terre écrit des lignes rouge sang, des labours de veines brunes, des chairs retournées nourrissant les oiseaux. La nuit gèle, raide dans ses bottines. Des étoiles veillent un marbre noir. Parfois, quelque souffle furtif fait cliqueter des branches. Le cri blanc d'une hulotte tranche le silence. Des crissements d'herbes escortent un chemin vers les vignes. Un renard roux troue le paysage. Une bête crie. Un chien jappe. À l'arête des cyprès, les haies tremblent. Le choc léger des châtaignes heurte le sol aux heures les plus froides. L'œil de la lune donne aux poires un mordoré troublant. En bout d'allée, une bâtisse grise porte son poids de pierre. Derrière ses murs austères, dorment les paysans. On dirait la vie pendue comme l'eau au nez des fontaines, quelque chose y frissonne sans bouger. Bientôt, un trait brillant cisaille le mica du ciel et monte, rouge. Le coq éveille ses poules. L'étable frémit d'odeurs et de sabots raclés. Un klaxon annonce le laitier. La cheminée crache et chauffe ses os. Dans la cuisine, un goût de chocolat accroche les narines. Mal réveillés, les enfants ronchonnent. La main des mères rajustent quelque habit. Les pères filent derrière la charrue. Les yeux piquent sous le lumière crue. Gonflant ses poumons comme un qui vient de naître, le jour s'installe. La vie rurale, rude, recommence.

Ile Eniger

 

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