Les noyaux d'olives

Publié le par la freniere

Il en faut du talent pour ne pas se rater, pour ne pas s'effacer et pour ne pas se perdre. Même tout près. Surtout tout près. Dans les sentiers merdeux des matins de semaine, des soirs qui vont trop vite des nuits qui sont trop courtes. Dans cette forêt même pas profonde, cette aventure sans âpreté, sans ours, sans indiens, au territoire cannibal du quotidien. Parfois les ruades nous sauvent. Des charmes d'enfant sauvage. D'autre fois nous piétinons les fleurs. Nous écrasons jusqu'à la boue. Jusqu'à la merde froide. C'est beau et c'est con comme vivre. Pourtant nous sommes bien un galion, et ce sont les noyaux d'olives qui brûlent le plus longtemps dans le feu. Pourtant nous sommes bien les conquérants de cette bataille inutile et sans faille à livrer contre nous-même. Les dents solides de nos rires. La drôle de magie de nos corps qui se connaissent par coeur et continuent pourtant parfois de se créer et de se découvrir. Comme ce bon vieux jour. Comme un matin sur terre. Il nous reste cinq cent millions d'années. Et le peuple que nous inventons. Et l'histoire que nous construisons. Les notes nues de nos musiques. Il nous reste une île dans le ciel. Le grimoire de tous les pouvoirs. Un grand incendie en entier. J'écris pour ne pas l'oublier.

( à Emilie, bien sûr)

 

Thomas Vinau

Publié dans Poésie du monde

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