Dans le secret des lieux communs

Publié le par la freniere

Il faut bien vivre en attendant la fin du monde. Savoir qui je suis, je n'écrirais plus rien. Le mouvement des feuilles donne une forme à l'air. Les nuages dialoguent avec la lumière. On ne croit pas vraiment aux fantômes, mais ils bougent parfois avec les anges et les démons, les os qui craquent , les ailes qui nous frôlent. Les regards sont en forme d'images. Les gestes font la main, la caresse, les pas, les coups d'épée dans l'eau, les coups d'épaule, les coudées franches. On n'est pas obligé d'être heureux, mais ça aide parfois. Les enfants rient après une crise de larmes. Les hommes font la fête après une crise de nerfs. Tant de choses possibles construisent le hasard. Chaque moment, chaque chose, chaque geste est surpris d'être un mot. Sans parole, sans but, les nageurs manqueraient d'eau, les coureurs de souffle, les voyageurs de route, le courage d'aplomb. Les bourreaux meurent sans que cesse la haine. Les soldats tombent sans que cesse la guerre. Certains ne voient pas les hommes, mais la distance entre les hommes. Plus de lumière suppose qu'il y aura plus d'ombre. Avec les pierres que l'on arrache aux murs, certains construisent d'autres murs, lapidant l'espérance, dilapidant l'espace. Ce qu'on écrit parfois est plus vivant que le réel. L'inconnu prend sa source dans le secret des lieux communs.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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