J'habite l'invisible

Publié le par la freniere

J'habite l'invisible.

Les murs sont des collines, du ciel, des forêts.

J'habite le silence.

Les meubles sont des mots.

La table est mise pour le vent.

J'habite l'air des champs.

Les fleurs attendent les abeilles.

J'habite une maison hantée où les fantômes font la fête.

J'habite une maison liquide

Les bras du fleuve s'ouvrent à l'estuaire.

J'habite un corps plein de sang.

L'âme des anges a des ailes d'oiseau.

J'habite les secondes, les heures, les années.

L'armoire est pleine de souvenirs.

J'habite le premier homme et le premier cahier.

J'habite le ciel et les nuages.

L'orage fait danser les vitres de la pluie.

J'habite la terre et l'eau d'érable, le coeur des tournesols,

le beau bleu des lavandes,

le jaune des pissenlits qui nous tache les doigts.

J'habite la neige et l'huile d'olive.

J'habite le rêve et le réel.

J'habite la parole où la vie de chacun est une bibliothèque.

J'habite le voyage.

J'étale sur la table toutes les cartes du monde.

J'habite l'espace et l'espérance.

Tout un passé reste accroché aux lieux.

Certains gestes rappellent tant de vies antérieures.

Je marche seul vers chacun.

Je vis pour habiter l'amour,

mais la guerre sans cesse vient frapper à la porte.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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