Leçon de ténèbres

Publié le par la freniere

1

Dans l’oraison des matines

Les cierges en colonnes

S’éteignent un à un

Rendant à la ténèbre

Ses grandes heures nocturnes

 

Poussière est ton songe

Et prière est ta nuit

Un chant de ténèbres

Dans l’infini silence

 

Tout ce qui vient de l’ombre

Retourne au jardin d’agonie

Sous le gris des grands oliviers

 

2

Pleurez vierges de Jérusalem
Les dieux coupables vous ont trahies

En plein feu du jour
Le voile de lumière s’est déchiré
Et l’ombre de la croix s’étend
Jusqu’au plus sombre de la nuit

Seule une aura d’épines
Nimbe le Fils de l’homme
Cloué contre le mont de douleurs

Sur le chemin d’agonie
Son sang se fige en caillots de lumière
Pour des âmes aveugles

 

3

Le temps s’écoule par la plaie
D’un ciel blessé jusqu’au sang
La nuit se couche sur une croix

Père éternel
Le jour se clôt sur moi
Et répand sa cendre sur mes yeux
Tu m’as rejeté dans la tombe des mortels
Pourtant mon agonie est tienne
Et toute la douleur humaine

Ô fils couronné de tourments
Tu es le Calvaire
La croix et le sépulcre

C’est la mort qui meurt
D’une blessure nouvelle
Qui dissipera les aveugles ténèbres
T’élevant dans la plus haute lumière
Qui surgira de la pierre du caveau

 

4

De l'arbre de vie

On a fait une croix

Le bois mort n'a jamais sauvé personne

Il y a trop d'oiseaux noirs sur les potences

 

On avait promis la lumière

Nous avons eu la nuit

Même le jour

Nous rêvons dans nos langes de mortels

 

Une prière

Un chant

Un bruit de plumes

Derrière la porte des ténèbres

 

5

 

En poussant la grille

Sur le vide écrasant des ténèbres

Nous entrons dans le jardin du silence

 

Voici la nuit du monde

Voici le matin qui pâlit

À la frontière des ombres

 

Au nom de cette croix de solitude

 

Christiane Loubier

Publié dans Poésie du monde

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