A rebrousse-poil

Publié le par la freniere

À quoi s'attendre lorsque le pire est commencé depuis longtemps? Il ne faut pas se leurrer, tous les travaux sont forcés. Sinon quel phoque passerait son temps à faire tourner des ballons sur son nez, des boulons sur un écrou, des clips sur un écran? Bourrés d'amphétamines et de Coca-Cola, les travailleurs font la chaîne pour astiquer leurs chaînes avant de finir abrutis devant les chaînes télévisés. En proie au délire de consommation, des milliers de dépressifs hantent les magasins. Le cours des choses ne connaît pas la paix. De soubresaut en soubresaut, l'histoire se construit sur des cadavres. La chute des feuilles est plus triste les jours d'enterrement. La boule d'angoisse dans la gorge se reflète jusqu'au fond des pupilles. J'aime que le paysage ait le dessus sur l'homme. Les doigts du givre trace sur la vitre d'ahurissants moucharabiehs. Le bruit des verres que l'on rince s'ajoute à la soif. Les talibans et les banquiers mènent le monde à sa perte. Contrairement à ce qu'on nous fait croire, l'évolution technologique nous fait perdre beaucoup plus qu'elle ne donne. Je préfère le silex à la bombe, le solex à l'auto, le biface à la kalachnikov. Le nerf optique en transe, je surveille les entrailles dans le corps des nouvelles. À quoi se fier lorsque la mort n'est plus qu'une occasion d'affaire. La terre ne sera bientôt plus qu'un immense charnier. Entre temps, on magasine sa dépouille. Appuyé sur un bâton dubitatif, je ne suis jamais sûr de la route. Je tâtonne. Je tatoue l'invisible. Il y a des jours où tout boitille. On ne veut plus rien voir, rien entendre. On se réfugie à l'ombre des vieux saules comme un enfant sous la couette. Je taille dans la chair des mots avec le forceps d'un crayon. Je butine, cherchant la guêpe du chant dans un buisson de cordes vocales. Je caresse à rebrousse-poil la peau du paysage. Je joue à la dînette avec des mots d'enfant. Je rafistole ma vie avec des bouts de ficelle. Je touche avec un doigt le placenta des phrases et ses rêves de sang.

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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cres 16/05/2017 14:29

bonjour,
comme quoi tous évolution n'est pas forcement utile a tous ...Allez travailler..Le patron il veut des sous...