Paroles indiennes

Publié le par la freniere

À ceux qui restent

 

Je mourrai demain, dans une semaine, dans un an, très vieille,

Je mourrai de peur, d’une maladie ancienne, d'un accident

Dans un hospice ou dans un parc

En plein centre-ville, en regardant mes arrières petits-enfants grimper sur les cordes raides

Les regarder se balancer, le sourire dans les yeux et se lancer des blagues

Je mourrai un matin, en plein midi ou à minuit,

Dans un sommeil de chair qui ne m’appartiendra plus, tellement j’aurai vécu

Je mourrai

mais pas parce que je l’aurai voulu

 

Je mourrai loin de mon pays, en voyage tout inclus, au soleil

Le clair de lune dans mon paysage et la nuit noire dans mes vagues

Je mourrai dans mon petit 4 et demi, allongée sur mon divan,

Avec ma série fétiche et des popcorn au beurre

Je mourrai parce que le beurre aura bouché mes artères,

Et que la solitude m’aura fait peur

Je mourrai assise sur un banc de brasserie à boire mon dernier porto

Ou en fumant une cigarette à neuf mètres de ma maison

Je mourrai

Mais pas de mes propres mains

Je mourrai après mes histoires d'amour et les envers
Après les voyages au Portugal et les soupers tardifs
Après les feux au chalet et la pêche à la mouche
Après les diplômes de mon enfant et les dindes du jour de l'an
Après les couleurs, après la gaieté et en jouant à la fée des dents
Je mourrai
Mais pas par désespoir

 

Je mourrai avec mes peines, mes échecs, mes déboires

Je mourrai seule, affrontant l’adversité malgré ma misère

Enfouie sous un mètre de honte, je mourrai sans avoir accompli mes rêves,

Nue sous une marée de regards

Me jugeant, tentant de me faire perdre la foi

Ils me tueront goutte à goutte à cause de mon orgueil

Je mourrai

Mais pas de mes propres mains

Je te le jure

 

Je mourrai dans ses bras, forts et vigoureux

Quand j’aurai fait un homme de lui, de ses grands yeux bruns et doux

Quand une femme l’aimera, que ses enfants l’admireront

Je mourrai en laissant, une parcelle de moi

Dans ses gestes et dans sa voix

Je mourrai en silence, sans reproches et sans conseils,

Je serai très faible, une enfant ridée que l’on doit endormir

Je mourrai bientôt ou très tard

Mais pas de mes propres mains

C’est ma promesse

Ma seule victoire sur ta mort

 

Naomi Fontaine

 

Pour tous ceux qui ont perdu un être proche à cause du suicide

 

Publié dans Paroles indiennes

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