Quand les géants vacillent

Publié le par la freniere

Quand les géants vacillent sur le socle du monde, les nains se perdent dans leurs bottes de sept lieues. Où bat le sang? Où bat le temps? Où va le chant? Où va le vent? Où vont les cris des suppliciés? Où bat le cœur des mal aimés? Où vont les larmes des enfants? La même source coule en chacun. Mal assumé, mal assuré, j'ai la rougeur des timides. Imitant la luciole, je craque une allumette dans l'aube violacée. La façon dont j'écris, je peine à redonner un sens aux mots de la tribu, aux pièces du puzzle. Il pleut du sens sur la rocaille des syllabes. Des caresses se perdent et saignent dans un buisson de griffes. Les mots se forment et se déforment. La chair cicatrise sous les points de suture. Les enfants meurent sous l'uniforme, la cravache, la cravate et le treillis de guerre. Les rainettes vertes ont cinq doigts et la larve d'agrile squatte sous l'écorce des bouleaux. Les achigans manquent d'air parmi les algues bleues. Les bas de laine sont rongés par les termites bancaires. Les fleurs ont un parfum de cendre et les sentiers se perdent en rubans d'asphalte. Il existe des lieux que l'on porte avec soi. On ne quitte jamais vraiment les maisons vides. Des odeurs persistent. Des ombres font de l'ombre. Chaque mémoire agrandit les secondes. La mort n'est pas qu'une tache de sang. Elle dépasse l'entendement. À la merci des poings et des virgules, le temps étire ses longs bras dans les points de suspension et l'infini s'étale entre les parenthèses. Le chant des oiseaux et le bruissement des insectes rapiècent le silence. Feuille à feuille, le vent perd de sa voix et s'étend sur la rousseur du sol entre le rouge et l'or.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Prose

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