Si le temps venait

Publié le par la freniere

À toi passé, cette chambre d'enfant
et cette carte, laissée là-bas, couverte de petits drapeaux,
portant au mur l'adresse de mes amis,
à toi ma blessure, cette maison où je n'ai pas pu retourner.

À toi, l'exil, ce ciel et ces palmiers qui ont porté mon ciel,
à toi, la pierre noire si souvent posée sur tant de rêves,
et à tous ceux qui les ont contrariés,
cette mémoire qui ne sait pas s'éteindre.

À toi ma mère, à toi mon père,
à vos attentes que je n'ai pas su honorer,
à toi mon chat qui clopine sur trois pattes,
et à tout ce que je n'ai pas sauvé

À toi ma femme, à toi mon cœur, et à tous ses habitants,
à la vie et ses enfants du vent, ceux du bonheur,
à ceux de la rue, à l'herbe qui résiste dans les fissures du goudron,
aux oiseaux de soif, au vieillard qui part, au prochain grain de blé

À ceux que j'ai blessés, aux mille rêves que j'ai fermés,
aux routes que je n'ai pas prises,
pardonnez ce petit homme échevelé
Qui rêvait trop haut, mais était parmi vous.

À tous, inoubliés du jardin des consciences, si je ne revenais pas,
si jamais, dans l'infini, nous ne devions plus nous revoir,
s'il arrivait ce temps des transparences et du cri muet,
à jamais je vous garderais dans mes rêves.

À toi l'Inachevé, aux promesses perdues oubliées,
à tout ce que j'aime que j'aurais voulu protéger,
aux étoiles et aux enfants qui viennent,
s'il me fallait partir, je vous laisserais ma tendresse forteresse.

À l'éternité, au souffle millénaire où sont restés les miens,
à vous frères du vivant, fils des maisons de chair que la vie nous confie,
fils des maisons d'eau qui font les océans, à toi l'atome retourné à l'infini,
je dis : nous sommes le corps de la vie.

À vous peuples des larmes disparues et du futur à naître,
je demanderais de pardonner, d'aimer,
plus grand que la vie, plus grand que le passé et le futur,
de vous aimer, aussi grand que vous-mêmes.

Car, ensemble, nous sommes la seule espérance.

Jean-Michel Sananès

 

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