La mort n'est pas la fin

Publié le par la freniere

Dans le monde dont je rêve, les parallèles s’entrecroisent. La géométrie du cœur ignore les abscisses. Le minéral se mêle au végétal. Un bonheur fou caresse le chagrin. Les lignes du temps épousent les signes de l’espace. Un bout de crayon rabiboche les phrases. Le haut et le bas, la rivière et la source, la terre et l’air finissent par se toucher. Un congrès de moustiques bivouaque au jardin. La brume se défroisse au lever du soleil. J’habite dans un livre d’enfant, du maléfique au mirifique. Les nuages caressent le cime. Les rives se conjuguent au singulier. La vie est une langue, la langue de l’enfance, la langue de l’amour, la langue du pain et des outils, la langue du rêve et de la pluie, la langue de l’énergie, des oiseaux et de la terre. Je ne vois plus ce que veut devenir, mais je regarde qui je fus. Je veux ouvrir le rêve avec ma propre clé, mêler le corps du songe avec le corps du sang, marier les incidences avec les évidences. Ma valise contient des mots, les clous rouillés du monde et des larmes de cendre. La rosée, la résine, la goutte d’eau forment de petites bulles de vie. Les mots m’ont appris que nous sommes la vie. Les personnages des photos s’inaniment. Ceux des peintures bougent encore. Il n’y a que l’amour qui mette à la vie la taille de l’imaginaire. Pour le reste, j’essaie d’en rire. C’est peut-être par choix que je suis devenu peu de chose, par dédain du pouvoir.

J’ai un village dans l’herbe plus petit qu’un insecte. J’en ai un autre dans le ciel en forme de nuages. J’ai un œil dans le noir des soleils. Il tourne vers la vie. J’en ai un autre dans l’iris et le lilas. Une maison de parole se dresse devant moi, avec ses bols de mots, ses planches de salut que les siècles grisonnent. J’avance à tâtons dans une cave sans lumière. Je touille avec ma langue une soupe grammaticale. Quand on parle de mer, il reste un goût d’iode sur la langue, de sel sur les lèvres. Je traverse les cendres pour atteindre le feu. Le roncier prie de toutes ses épines en quête de mûres. Les vieilles vaches dans l’étable ont l’âge du cuir et de la viande. Chaque ombre coincée entre deux portes a quelque chose à raconter. Dans l’acte du regard, je déshabille l’ombre pour trouver la lumière, le grain de feu planté au milieu de la neige. J’enfonce mon corps dans l’épaisseur de mille vies. Il y a un écart énorme entre l’écriture et la littérature. J’apprivoise l’alphabet avec une langue constellée d’épithètes. Des milliers d’arbres se cachent derrière les premiers. Ils constituent le bois dont se nourrissent les insectes. Trop de clarté nuit à la transparence. Trop de noirceur l’efface. La mort n’est pas la fin. L’appétit insatiable de vivre se poursuit là où il n’y a plus de temps ni d’espace. Le jeu de cache-cache ne finit pas avec l’enfance. Il se poursuit de jour en jour. On cherche tous à se cacher. On cherche tous quelque chose. Chaque rencontre, chaque trouvaille est un moment épiphanique que souligne une explosion de joie.

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Prose

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