Le désespoir est une forme supérieure de la critique

Publié le par la freniere

Je ne me cantonne surtout pas dans un désespoir circonstanciel. Pourtant, je ne me fais guère d'illusion quant à un changement à venir susceptible de renverser la vapeur si nous devons nous contenter à perte de discours de réformes aguicheuses s'ajoutant le unes les autres, et démenties après chaque élection... Je me contente d'agir là où je me trouve, avec les belles personnes que je rencontre ici et là de façon inespérée au gré de dérives imprévisibles. Je ris, je fête chaque matin et rends grâce au moindre petit délice de chaque jour bien que je vive dans des conditions plutôt difficiles, par choix et révolte assumée. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser que l'humanité a été définitivement conditionnée – mise au pas - et qu'internet, entre autres moyens techniques déclarés d'émancipation universelle au service de l'espèce sapiens sapiens, est en réalité une arme de domination perverse et de destruction stratégique dévastatrice – en dépit de ses plates formes alternatives - contrôlée par les maîtres experts en détresses inhumanitaires, caste apatride qui s'empare, à l'insu des populations, de chaque pouce de territoires collectifs et confisque les uns après les autres les biens communs à son seul profit. C'est cela que d'aucuns nomment la globalisation par le NOM économique (Google, Apple, Microsoft, Amazone, Facebook, Instagram, même combat!). Bien que je persiste à me “maintenir en ligne” (surfer) essentiellement pour profiter d'un outil pratique me permettant d'accéder aux archives de l'information et de la connaissance humaine à moindre coût, j'ai pris pleinement conscience qu'en de vastes superficies surpeuplées, la toile est devenue, notamment par l'envoûtement hypnotique qui caractérise les réseaux dits sociaux, une vitrine alléchante de la dictature contemporaine. A travers l'espace clos des écrans, s'exposent des millions d' egos spectaculaires en perdition plus ou moins avancée qui ont trouvé un refuge névrotique hors d'une réalité par trop désenchantée J'y vois -sans parano aucune - une manipulation prodigieuse, une stratégie à l'échelle planétaire de normalisation et d'uniformité pour nous détourner de tout ce qui devrait nous authentifier comme les ennemis d'un système d'agrégation démentiel qui n'a cure des souffrances de masse qu'il inflige. Je pourrais développer mon propos ad nauseum, mais à quoi bon: les analystes à plein temps, les spécialistes bavards, les taupes intellectuelles, les érudits du meilleur des mondes et autres irréductibles de la pensée contre révolutionnaire se sont quasiment tous détournés des vertus de l'action directe et aussi pertinents soient leurs critiques, leurs conceptions et théories, elles ne font par passivité que propager le jeu binaire du pour et du contre. Ces intellectuels brillants et sécurisants n'ont pas le courage de refuser en bloc un système irréformable qui continue de leur assurer, jusqu'à la catastrophe annoncée par leurs détracteurs eux-mêmes, un confort matériel – qu'il soit ou non relatif et précaire n'a dans ce cas aucune importance – basé sur la propriété bourgeoise exclusive au détriment des victimes du carnage économique généralisé. Au contraire, ils en vivent plutôt bien de la misère sociale… Léo Ferré ne disait-il pas que le désespoir est une forme supérieure de la critique, ou quelque chose comme ça... ?

 

André Chenet

Publié dans Glanures

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