Nord

Publié le par la freniere

Levant ni betterave
ni sang,
rouge rose-de-mer.

J’ai amplifié mes battements de cœur
mille fois,
les bêtes au départ intriguées
ont ensuite convenu que j’étais
un autre tonnerre humain.

Tandis que je parlais direct à dieu
mon attention a lentement décru.
J’ai tant de choses en tête.

Je me suis entraîné
à me faire aussi fort
que l’eau.

Après toutes ces années
à retenir le monde entier
je le laisse maintenant rouler à flanc de colline
et sombrer dans le fleuve.

Un arbre en appelle
toujours un autre,
lorsque je foule encore
cette terre non dite.

Je me suis rêvé
de longtemps
à l’endroit
où je suis.

Par une journée froide
ours, coyote, grues.
Par une nuit de pluie
un loup aux yeux jaunes.
Par un jour de vent
onze faucons crécerelles
me regardant de haut.
Par un après-midi brûlant
les corbeaux flottaient au-dessus
du fleuve, là, où je me suis
laissé noyer.

En pays inconnu
au loin tout là-bas
j’ai marché la nuit
pour me terroriser.

Quel est cet autre,
partageur de secret,
celui qui dirige la main
qui vient tordre le cœur,
et la voix qui m’appelle
entre plume et pierre
l’heure d’avant l’aurore ?

De quelque façon
j’ai pris la forme
d’un vieil homme brun
dans un manteau vert.

Ayant rempli toutes
mes obligations
mon cœur s’en va léger
dans la danse descendre.

*

North

The rising sun not beet,
or blood,
but sea-rose red.

I amplified my heartbeat
one thousand times,
the animals at first confused
then decided I was another
thunder being.

While talking directly to god
my attention waxed and waned.
I have a lot on my mind.

I worked out
to make myself as strong
as water.

After all these years
of holding the world together
I let it roll down the hill
into the river.

One tree leads
to another,
walking on
this undescribed earth.

I have dreamed
myself back
to where
I already am.

On a cold day
bear, coyote, cranes.
On a rainy night
a wolf with yellow eyes.
On a windy day
eleven kestrels looking
down at me.
On a hot afternoon
the ravens floated over
where I sunk
myself in the river.

Way out there
in unknown country
I walked at night
to scare myself.

Who is the other,
the secret sharer
who directs the hand
that twists the heart,
the voice calling out to me
between feather and stone
the hour before dawn?

Somehow
I have turned into
an old brown man
in a green coat.

Having fulfilled
my obligations
my heart moves lightly
to this downward dance.

***

Jim Harrison (1937–2016)

Traduit de l’américain par Jean-Luc Piningre.

Publié dans Poésie du monde

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