La petite Péruvienne perdue dans mes cosmos

Publié le par la freniere

L’autre jour je rêvais. Je rêvais que je glissais sur la côte à Morin aux Éboulements. Je glissais dans le paysage en hiver jusqu’au fleuve, fonçant vers mon bout du monde assise sur un morceau de carton. Je me laissais glisser à vive allure dans la beauté fuyante du paysage. Pendant un espace-temps indéfini, la beauté de ce rêve m’inondait, je me sentais libérée des murs, des accidents, des guerres des tueries de toute la bureaucratie. Ce matin c’est l’été mes os craquent, l’odeur du lac, de mon café, ce matin le cardinal chante dans les cèdres. Mes braves cosmos s’épanouissent même à l’ombre. En Argentine la petite péruvienne violée trois fois traîne à la rue après ses longues heures de nuit. Le kiosque où elle vend des fleurs est un paravent, un centre de trafic pour les deals de dope. Mais c’est comme ça en ce bas monde, il y a toujours des choses qu’on ne dit pas quand on vend des fleurs pour gagner sa vie . La vendeuse de fleurs revoit les mains qui déchirent en un coup sa plus belle robe. Elle réfléchit seule au monde avec la grande question. Avalant son empanada, elle touche son ventre, elle prend une décision, toute seule elle le décide, cette fois elle pourra se faire avorter. Légalement sans boucherie. Une loi est passée. Un miracle arrive parfois dans une société. C’est à force d’écrire, de se parler, de dire ensemble des mêmes mots qu’une fleur se rend parfois de la terre à la rue et jusqu' au Parlenent , au Sénat. Je suis enfin seule ce matin devant mon grand jardin à désherber. Ma comptabilité de la fin de La Mondiola est presque terminée. Les cosmos( ce sont des fleurs vous le saviez ) sont en fête, mes os craquent et font mal , mes seize ans courent en rêve dans mon sang jour et nuit.

Julie Vincent

Publié dans Poésie du monde

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