Jours de sable

Publié le par la freniere

photo: Maxyme G. Deslile

photo: Maxyme G. Deslile

Jours de sable
EXTRAIT

Longtemps j’ai cru que je n’avais pas d’histoire. Pas d’enfance. À peine quelques souvenirs, épars et pour la plupart banals. Cela me dispensait peut-être de retourner dans ma chambre d’enfant.

Si elle ne croise pas la Grande, notre histoire n’est jamais pour nous que dérisoire. Puis un jour, sans que ce jour soit un hasard, on entre dans l’une des centaines de petites histoires simples de notre vie, et l’on se souvient tout à coup de l’autre centaine d’histoires oubliées, perdues au fond de nous et qui en dessinent une plus grande, plus complexe aussi. On déchiffre alors lentement les signes qui se trouvaient sur notre chemin et peu à peu on commence à voir, à mesure que nous est restituée notre histoire, combien chaque fragment porte en lui le noyau d’un autre, et que les événements imaginés ne peuvent jamais être que réellement vécus.

L’enfance, c’est parfois trop de douleur, trop de solitude, ou c’est parfois trop de bonheur. On a un père, une mère, un frère ou une sœur, et cela suffit à créer des milliers de nœuds. Alors les fils se brisent qui nous rattachaient à notre enfance, on va dans la vie avec ce bagage augural, on cherche à en recréer la figure, ou au contraire on fait tout pour ne jamais la reproduire. Puis un jour arrive, et l’on sait ce jour nécessaire, on ouvre à nouveau les yeux et les mains, et les souvenirs y abondent, simples et complexes tout à la fois, chacun faisant couler le sang de notre existence sur Terre. On démêle les nœuds de l’enfance, on retrouve son père, sa mère, le frère, la sœur qui nous y liait ou nous en séparait, et lentement l’horizon s’éclaircit.

Porte-t-on les failles d’autres vies, de ces générations qui nous ont précédés ? L’ombre du secret d’Edith recouvre-t-elle jusqu’à mes pas, jusqu’aux traces brouillées du nom de sa terre d’origine ? Je ne sais pas grand-chose d’Edith, de Pauline ou même de Paule. Ces vies me demeurent étrangères, plus encore, celle, toute proche, de ma mère.

Hélène Dorion

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