Dans mon sac

Publié le par la freniere

Pour mes enfants et mes petits-enfants, j'aurai été l'absent, le trop absent, le beaucoup trop absent. J'aurai été un mauvais compagnon. J'aurai mal fait le père, mais j'ai tracé la route. J'aurai été l'intrus dans le deuil de chacun. J'écris des livres pour rejoindre une morte. J'écris entre son mal et mon enterrement. Il y a longtemps qu'elle est partie, et c'est toujours hier. La blessure saigne encore. Je ne sais plus temps qu'il fait. Tout se dérobe, les mots, le corps et l'âme. J'en suis resté à l'heure de sa mort. Les petites choses de la vie sont devenues immenses. Je garde sa place au chaud, une assiette pour elle, l'ourson de peluche du temps de son enfance. Je n'ose pas donner tous ses vêtements. J'ai son odeur en moi. J'ai gardé quelques slips, un calicot d'été, ses gants contre le froid. Je porte au cou son foulard en soie. Elle est sous terre depuis longtemps. Un arbre dans son ombre en a pris de la graine. J'ai réparti ses cendres dans trois océans à la fois. J'en ai jeté un peu dans la rivière Larose, tout près du pont des guêpes et du ravage des chevreuils. Je l'imagine dans la bonace et l'aubépine. Je dessine sa main tout au bout de la mienne. Mes larmes montent et redescendent comme le fait la marée ou un avion dans un trou d'air. L'espace est vaste devant elle et j'ai peur de m'y perdre. Avec sa tendresse en mille morceaux, ma peine d'amour aime encore les vivants. Je dis je t'aime et elle ne répond plus, mais j'accompagne son silence. J'ai encore dans mon sac des caresses et des mots.

Jean-Marc La Frenière

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