Hommage à Yves Boisvert

Publié le par la freniere

Hommage à Yves Boisvert

Quand j'ai connu Yves, on m'a demandé de lui permettre d'aller prendre sa douche chez moi, dans mon petit appartement de l'avenue du Parc La Fontaine, c'était en 1983, lors du tournage de la Couleur Encerclée des frères Jean et Serge Gagné.
Yves avait passé une partie de la journée dans un tas de fumier, du vrai, à réciter du Antonin Artaud dans ce film inclassable, qui a gagné la prime à la qualité, ex-equo avec la Guerre des Tuques, en 85.


Ce fut le début d'une longue amitié et d'une grande aventure dans les méandres de la vie montréalaise et littéraire. Dans ces années-là, nous avons fondé l'A.T.T.A.C.Q., cet organisme (OSBL) a généré des petits comme Espace Global Galerie.
Nous participons ensemble à plusieurs actions dans l'univers des fanzines, des arts plastiques et de la musique, dont Kérozène, L'Art-Tiret, Espace Global Magazine, Littoral, Stamp-Axe, et d'autres, en musique, nous participons à l'Attacq Orchestra, aux Soirées de Poésie Musicale...


En 1985, nous louons un grand appartement avec Desaulniers sur l'Avenue du Mont-Royal, Boisvert y fait des séjours longue durée, épisodiques et ponctuels, cette ambassade a duré 10 ans.

Pendant ces années, Yves a du changer de dactylo un nombre substantiel de fois. Je me rappelle "Peaux Aliénés", sa thèse publiée chez Rebelles, la première fois qu'on voyait les épreuves en composition électronique, fini la photo-composition, Boisvert était comme inquiet, encore des métiers artisans qui disparaissent.

 

Boisvert multiplie les rencontres avec les éditeurs et les autres écrivains, un va-et-vient incessant, Montréal-Trois-Rivières, pour les activités culturelles, plaques de poésie sur les murs de la ville trifluvienne, les salons du livres, les rencontres d'écrivains, et les résidences d'artiste.

Yves nous ramène Patrice Desbiens de Québec qu'il a connu lors de la Rencontre Jack Kérouac, les réunions amicales avec Louis Hamelin et plusieurs autres à la Brasserie d'Ys, l'ancêtre du Boudoir où il y avait les murales de Villalonga peintes sur place en1962.

Les amitiés littéraires et artistiques sont intenses, à l'appartement, où sont passés en résidence les Hélène Monette, les Francis Grandmont du groupe Abbittibbi, Ravatel, Capuano, et le gang de l'ONF avec Jacques Leduc en tête, c'est un feu roulant de nouvelles rencontres, de soupers et de discussions...

Yves est invité à toutes les manifestations possibles, la nuit au Salon du Livre, les 5 à souhait de José Acquelin, les Mardis du Hibou, les Radiothons de Cibl mf et Cinq fm, les Performances Tilt and Play, avec sa sacoche de tampon encreur, les party d'EGG avec Gerry Boulet, (une nuit mémorable) la rencontre avec Doroschuck de Men Without Hat qui nous amène Léonard Cohen, la rencontre capoté avec Diabolo l'harmoniciste d'Higelin, Patrice Desbiens en résidence du Conseil des Arts, lancement du livre de Josée Yvon, ect...

Boisvert est un travailleur-écrivain acharné, aussitôt corrigé, les manuscrits s'en vont à la poubelle, un jour, je dis à Yves qu'on devrais les garder pour les archives, il me fait une grimace et fait signe que non...

En début de 90, on loue une maison de campagne à Ste-Cécile de Lévrard, à la mère de JS Huot de Gaz Moutarde, on les héberge à ce moment-là à Espace Global Galerie, c'est l'époque du Lac Meech et on décide d'organiser une exposition humoristique "Futur Canada" qui correspond à son livre Oui=Non cette expo collective regroupe des artistes de toutes catégories et Boisvert s'amuse comme une petit fou à faire des installations de cravates, souliers et caricatures de la reine, Hubler, Capuano, Mongrain, Mononcle Serge en cassette et plusieurs autres...

Pendant qu'on est à Ste-Cécile, nous sommes enveloppés dans une petite tornade qui bouleverse notre train-train et qui nous marque à vie, imaginez la machine à laver, à tordeur, qui se retrouve dans le champs en avant de la maison l'autre bord de la rue, nous sommes 5 ou 6 dans la maison, les murs craquent, les planchers se soulèvent, nous avons juste le temps de fermer toutes les portes et fenêtres, avec la noirceur qui s'installent,15 minutes d'horreur, c'est la panique, et çà se calme et on ouvre une porte de chambre sur le coté de la maison, la tornade est parti avec le mur, il n'y a plus de chambres, là, on est dehors, on l'a échappé belle, c'est de là que vient le titre de son livre, "La Balance Du Vent"...

En 94, après plusieurs rencontres-questionnements à l'UNEQ, les dissidents que nous sommes, décident de créer l'Association des Poètes du Québec, afin de mieux s'occuper de nos affaires, avec Vanier, Acquelin, Préfontaine, Boisvert, Neveu, Boucher et quelques autres, nous recrutons une cinquantaine poètes, et çà brasse dans la Maison des Écrivains...

Dans la foulée de l'APQ, on fonde l'Auberge des Poètes à Ulverton, le Mai de la Poésie et la Maison de la Poésie, on est subventionné par les trois paliers de gouvernements, on trouve que la Maison de l'Uneq est trop petite, pas de possibilités de résidence, pas de Café-Bar pour les rencontres et les lectures, après plusieurs négociations-rencontres avec le président Bruno Roy, on renonce et on décroche pour laisser toute la place à l'Union, ils nous ont promis de s'occuper des associations régionales d'écrivains, de la cause des poètes et des projets d'agrandissement, mais on peut pas dire que ce fut une réussite, encore aujourd'hui nous attendons les développements... à suivre ou non...

Pendant ces années là nous avons filmer Boisvert avec Pierre Goupil et les frères Gagné pour un film de la série les Poètes à l'Ouvrage, c'est "canné", mais c'est pas monté, un autre inachevé, à suivre..

Parmi les projets qu'on avait, moi et Yves, la caravanes des poètes avec le Bateau-Livre, les Vidéos-poèmes et d'autres expositions-évènements itinérants n'ont pas eu le temps de s'accomplir, nous avons retraité dans nos campagnes, Miron avait refusé d'embarquer dans nos projets, il ne voulait pas qu'on utilise ses livres en entrepôt pour faire de la distribution, c'était son fonds de commerce...

En d'autres temps Boisvert et ses amis ont réussi à convaincre le Big Boss Gaston Bellemare de sauver de la faillite, les revues Estuaire, Gaz Moutarde-Exit, Lèvres Urbaines et quelques autres revues en eaux troubles, si je ne m'abuse...

C'était le temps de se sauver de ce désordre universel hein Miron, c'en est fini de Montréal pour Boisvert, c'est un pécheur de grenouille de la rivière St-François, le miraculé de l'Avenir restera toujours le petit St-Jean-Baptiste des défilés de la Fête nationale, je crois qu'il savait que c'était son dernier droit avec les Chaouins, il allait créé son oeuvre maîtresse et régler ses comptes avec Mélanie St-Laurent et le Comte d'Hydro, poursuivant Esmeralda et le Gros Brodeur et la Copine en Bourassa et en Voleurs de Cause...

Aimez-moi, son poème oratorio que les amies de filles ont chanté au Quai des Brumes sur la musique de Louis Desparois dans le lancement mémorable de la collection les Vilains chez XYZ... je me rappellerai toujours Boisvert en train d'écrire, de calligraphier le poème sur du papier de qualité, avec des crayons de couleurs différentes pour la collection des livres d'artistes de la BNQ...

Boisvert en grand brûlé, fait parti de l'aile radicale de l'Association des Poètes du Québec "les Blessés concrets du suprême souffrant", disait Vanier, nous sommes tous des vice-présidents, ce soir, j'ai l'honneur de vous octroyer ce titre à tous... en mémoire de la mer de Nevers...

Et je ne peux faire de thèses avec çà, car je ne suis qu'un ami en "poévie"...


Alain-Arthur Painchaud, de Jonquière...

 

 

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Gert 20/12/2018 16:33

Une belle découverte. MERCI.